Magma - Köhntarkösz

6 novembre 2009

Artiste: Magma
Album: Köhntarkösz
Année de Sortie: 1974
Durée: 41:16





Tracklist:

1. Köhntarkösz, Part One (15:22)
2. Köhntarkösz, Part Two (15:44)
3. Ork Alarm (5:32)
4. Coltrane Sündïa (4:17)


Line-Up:

Stella Vander: Chant
Klaus Basquiz: Chant et Percussions
Christian Vander: Batterie, Chant, Piano, Percussions
Jannick Top: Guitare Basse, Violoncelle, Chant, Piano
Gérard Bikialo: Pianos & Orgues Yamaha
Michel Graillier: Pianos & Clavinet
Brian Godding: Guitare


Chronique:

"Comment un type qui n'a jamais écouté 'Mekanïk Destruktïw Kommandöh' peut-il avoir la prétention de chroniquer un album de Magma!?". Cette question, je me la pose bien évidemment à moi-même. Il est vrai que malgré toute l'admiration que je porte à ce groupe, je dois reconnaître que leur œuvre la plus aboutie m'est totalement inconnue musicalement parlant. Et cela est d'autant plus délicat que l'album que je vais chroniquer ici, 'Köhntarkosz', est sorti tout juste un an après, donc qui m'amène à avancer l'hypothèse d'une possible similarité musicale. Ceci dis, la description qu'en fait le wikipedia anglais à propos de cet album pourrait suggérer le contraire ("The Kohntarkosz album marked a change in sound from Magma's previous album. The absence of chant brings it closer to more conventional jazz fusion, however the heavy bass and dark, ritual atmosphere identify it as clearly a Zeuhl album.")

Enfin soit, malgré ma connaissance restreinte (je viens de me rendre compte avec effroi que je ne connaissais que deux albums de Magma!) Allons-y!

Pas vraiment abordable ce 'Köhntarkösz'. Très austère, macabre, les sons et rythmiques tourbillonnent derrière des strilles de synthétiseurs aux sons volontairement longs et angoissants. Le morceau éponyme est découpé en deux parties de 15 minutes tandis que 2 intermèdes viennent compléter la durée totale du disque, dont un hommage poignant envers John Coltrane duquel Christian Vander était un grand admirateur et Ork Alarm, unique contribution de Jannick Top et son groove vrombissant et inébranlable.

En dehors du chaos généralisé qui siège ici, il y a quelque chose de fabuleux qui se dégage de cette atmosphère. Une lande abstraite aux contours symphoniques, un havre de paix pour anges déchus. Une érudition funèbre, volcanique où les chants malsains et insignifiants viennent se greffer sur cette ode au bizarre comme porte-paroles fanatiques et annonceur d'une nouvelle existence. 'Köhntarkösz' est un régime despotique souterrain et aveugle où plusieurs de ses taupes s'écrasent sous cette monarchie de fer. La première partie correspondrait le mieux à cette description. Le rythme est lourd, très lourd et volontairement menaçant. La basse de Top s'allie aux percussions violentes de Vander qui s'opposent aux accords cuivrés et aventureux de leurs homologues claviéristes, comme deux duos se faisant duels.

La deuxième partie reprend la forme de sérénité qui s'était développée sur la fin du premier mouvement, et qui sera développée de façon très habile. L'atmosphère est suave et apaisante. Malgré la tyrannie sonore auquel nous avons été affrontés pendant les 15 premières minutes, un peu de repos s'impose naturellement. Nous ne sommes pas chez Univers Zéro. Les premières minutes du deuxième mouvement voient s'instaurer une forme plus traditionnelle de rock-progressif mais non sans audace. Sauf que cette forme de sérénité s'estompe trop rapidement (mais à la transition intelligente) pour revenir à une rythmique improvisée et méphistophélique qui sera croissante jusqu'à la fin du mouvement où apparaît une partie de guitare agressive assez peu conventionnelle, toujours soutenue par cette chorale perverse que l'on avait pu apercevoir sur le premier mouvement laissant entrevoir un maelström d'éruditions diaboliques. Après un final d'anthologie où chaque entité de ce royaume spectrale spéculent à l'agonie, l'outro fait place à des sortes de chants chamaniques empruntés à toute sorte de peuples bordant notre planète. Bluffant.

'Ork Alarm', le titre qui suit, n'est pas vraiment rassurant non plus. Il est même encore plus noir que le morceau titre. Des attaques métronomiques aux cordes laissent apparaître un chant encore plus malsain s'accentuant de façon démentielle, mais qui aurait pu être retravaillé dans son approche. 'Coltrane Sündïa', comme je le mentionnais en début de chronique, est une élégie à l'encontre de John Coltrane (mort 6 ans après la conception de cet album, certes ... Mais Christian Vander est libre de faire ce qu'il veut, non?). Mais malgré une certaine forme de mélancolie palpable, il y a toujours ce côté malsain et incertain qui en découle. La ligne synthétique à l'arrière-plan sonore ne doit pas y être totalement innocent.

Conclusion: Un album dur, riche en atmosphère sinistres, mais emprunt d'une sensibilité à travers elles extrêmement déroutante. Un album dur à s'octroyer tant son baptême est long et délicat. Une œuvre d'une grande réussite.

Note: 18/20

Expositions au Centre Pompidou

5 novembre 2009

L'art contemporain a ses défauts, ses limites, ses prétextes, et malgré le fait que j'en soit un fervent défenseur, c'est une vérité que l'on peut difficilement nier. L'art contemporain, c'est aussi cette impression de vouloir se protéger de l'art traditionnel en se munissant d'un concept en béton, architecture artistique qui aura la plupart du temps plus d'impact sur le spectateur que de l'esthétique pur qui en découle. L'aboutissement artistique naturel serait que les deux soit concernés, et pas seulement un seul, qui pour moi est avant tout une volonté de facilité, déguisée sous un concept recherché. La théorie selon laquelle une œuvre contemporaine devient belle qu'au moment où l'on comprend son concept m'irrite, mais malgré tout me fascine, car inconsciemment j'y adhère. Mais ce serait plus l'impact du concept qui me fascinerai que l'ensemble voulu par l'auteur. L'œuvre, sur le plan strictement visuel ne serait qu'un outil de transition à son concept. L'interprète au service du compositeur. car une œuvre d'art contemporain, dénuée d'indications, a un intérêt extrêmement limité si ce n'est quasi-nul.

Et pourquoi je parle de tout cela? Car depuis quelques temps, j'aspirai à étoffer ma connaissance dans ce domaine. Pas pour faire mon péteux comme certains, mais vraiment pour enrichir ma connaissance artistique et me faire entrevoir de nouvelles portes de l'inconscient. Mon goût pour l'absurde et le surréalisme ont bien évidemment joué dans cette démarche. Et après avoir feuilleté plusieurs expositions sur la toile du web, mon choix s'est finalement porté sur le "Centre Pompidou" et de son ossature solide en matière d'arts nouveaux. La dernière fois que j'y suis allé, à vrai dire ce n'était pas très récent; à l'école primaire exactement, aux environs de 1998-1999. Mais déjà, certaines oeuvres m'avaient marqué. Au point d'avoir fait des cauchemars atroces ... Mais ma soif a depuis toujours persisté, et quitte à ce que cela fasse mal.

Moi, ce que je voulais voir avant tout, c'était quelque chose de fort. Quelque chose de terriblement explicite et violent, qui n'a pas besoin de se munir de concept. S'il y a bien une oeuvre qui représenterait à merveille ce que j'essaye de décrire serait celle-ci, aperçue justement aux informations du 13h de France 3 lors de le manifestation de la "FIAC" qui s'était déroulée du 22 au 25 octobre à Paris:





Ce billard m'a laissé froid d'incohérence, et potentiellement d'une peur glaciale inexplicable. C'est d'autant plus fascinant que cela mélange de façon subtile et dissimulée deux mondes aux traits communs quasi-pauvres. Après avoir tapé plusieurs fixettes dessus, son image vulgaire et décalée m'obsède. C'est tellement peu anodin, tellement imperceptible que ça en insulte explicitement la conscience. Et pour cette précieuse caractérisque, j'ai envie de dire que c'est une oeuvre de grande qualité. Mais je ne crie pas au génie. Car il n'y a pas de génie dans l'art contemporain, il faut juste se munir d'une excellent imagination, et de transposer une possible suite d'images défilant dans nos esprits sur une base concrète et physique. Mais ce billard tout de même ... D'ailleurs, cela ne m'étonnerait pas que le fait d'avoir pris un billard ancien soit volontaire, ça rajoute une couche de malsain et de glauque ...

Or, ce n'est pas vraiment l'impact que j'ai eu avec les deux expositions que je suis allé voir au Centre Pompidou. Les deux expositions étaient "Pierre Soulages" et "La Subversion des Images". Le premier se rapporte en partie à ce que j'ai dit au début de cette chronique, un concept fascinant mais une représentation visuelle pas spécialement attirante ... Son truc à Pierre Soulages, c'est le noir. Dans toutes ses formes. Les trois-quarts de ses tableaux en sont remplis et c'est surtout à travers l'attaque du pinceau et des jeux de lumières à travers ces attaques que l'artiste construit son oeuvre. Sauf qu'en fin de compte, ses tableaux ont vraiment un rôle de porte-parole de sa conscience, même si c'en est le but, on pourra s'ennuyer très vite tant ils se ressemblent ... Seuls quelques rares peintures attireront mon attention, hors de leur concept. Trop peu. Bien trop peu.

(Une galerie de l'artiste est disponible à cette adresse)

Deuxième exposition, celle dont j'avais vu que du bien et qui avait fait que mon choix s'était porté sur le centre Pompidou comme destination, "la subversion des images" ... Je m'attendais à un truc surréaliste, mais je ne l'entendais pas dans ce sens là. Nous avions à faire là à du surréalisme façon "collage photo des années 30". Non seulement, ce n'était pas très beau, mais en plus de ça, ce n'était absolument pas bouleversant ... A mille lieux du billard ... L'approche n'était pas si lointaine du Dadaïsme, prendre quelque chose de banale, de le modifier brièvement et de l'afficher sous l'appellation d'un mouvement avant tout philosophique qu'artistique. Excepté des courts métrages assez amusants (chapeaux melons volants, tromperies visuelles, etc ...), cette exposition fût également une déception.

Je suis reparti bredouille, et en ayant modifier clairement ma position sur l'art contemporain "pur et dur", en me disant que le concept ne justifie pas tout, même si certaines oeuvres provoquantes par leur minimalisme me fascine tout de même, je comprends ceux qui ne peuvent pas les voir. Comme je le mentionnais un peu plus haut, ce serait plus une image mentale philosophique plutôt que de l'art comme la plupart des gens l'entende et qui fait selon moi la grande différence entre l'art contemporain et les autres arts tradionnels: le travail de l'artiste tradionnel sera manuel tandis que le travail de l'artiste contemporain sera avant-tout cérébral.

Progressive Nation 2009

26 octobre 2009

Salut les p'tits lous! Eh oui, cela faisait un mois que je n'avais donné de nouvelles sur ce blog, mais à vrai dire, l'envie n'était plus là ... Et y'a pas à dire, mais cela prend quand même énormément de temps, surtout concernant les chroniques ...

Mais aujourd'hui, il n'y aura pas besoin de se prendre le crâne une demi-heure pour savoir de quel sujet nous allons développer. Il est tout prêt, il est tout chaud (quoiqu'il commence à dater tout de même), le sujet en question est la fameuse "Progressive Nation" auquel j'ai assisté avec en tête de gondole les indétrônables Dream Theater, qui s'est déroulée au Zénith de Paris le Dimanche 4 octobre 2009, soit exactement 15 ans après la sortie de leur 3ème album, Awake. Alors que l'on pouvait s'attendre à quelque "surprise" du à cet anniversaire (comme il l'avait été pour les 15 ans du Images & Words), l'avenir nous montrera que l'on avait tort. Il faut dire qu'elle prend de la place celle nouvelle Progressive Nation! 4 groupes pour environ 4 heures de musique! Le set de Dream Theater en a été clairement amputé. Fort regrettable d'ailleurs ...

Et Dream Theater, en tête de file et créateur de cette "nouvelle manifestation musicale" nous a dégoté 3 groupes, plus ou moins connus au style plus ou moins variable; il s'agit de Unexpect, Bigelf & Opeth. Excepté le 3ème que j'avais été voir l'année dernière avec Cynic en première partie et que j'avais d'ailleurs commenté de façon assez peu élogieuse sur ce blog, Unexpect et Bigelf étaient pour moi des inconnus sur le plan scénique. Mais avant de développer, revenons sur le prologue de cette histoire ...





Je devais rejoindre des amis à moi vers les alentours de 15h dans l'avant-dernière file. Malgré l'ampleur de l'affiche, il n'y a pas masse de fans et j'ai pu sans aucune difficulté les retrouver. Après avoir passé de longues minutes à discuter et à débattre sur les groupes qui nous ont été proposés ce soir là (et pas tout le temps en bien il est vrai), les portes s'ouvrent vers 17h00. Le temps d'une pause pipi éclair et nous arrivons à nous placer collé contre la barrière (l'avenir nous montrera que ce n'était pas le choix le plus judicieux) et vers 18h15, c'est Unexpect qui déboule sur scène avec leur armada entrollés et folkloriques dans une ambiance conviviale et bon enfant. Unexpect, sur le peu que j'avais écouté d'eux, ça avait de la gueule. Une sorte de Metal-Progressif bordélique au potentiel mélodique et bourrin indiscutable possédant une chanteuse alternant passages clairs et passages gutturaux et un violoniste à la présence palpable. Sauf qu'il y a rendu studio et rendu live. Et concernant Unexpect, à vrai dire, je ne pourrai pas vraiment juger leur prestation purement musicale étant donné que le mixage proposé était extrêmement déséquilibré, et à cause de cet incident clairement notable, le "rendu live" n'a pas joué en sa faveur et il vaut mieux pour l'instant se pencher sur leurs œuvres studio.

Malgré un mixage atroce (trop de basses, guitares trop faibles, chant trop puissant), ce fût un plaisir scénique. 7 joyeux lurons déjantés se substituant à leur rôle de porte-parole du délire, soutenu par un violoniste chevelu headbanguant (!) en maîtrisant toujours avec autant de facilité son instrument et avec un bassiste à la basse au nombre hallucinant de 9 cordes, et sachant la manier avec brio et inventivité (slap, tapping et jeu très rapide aux doigts. Très impressionant quoiqu'un peu surchargé techniquement). Et je trouve assez regrettable de voir que ce fût le groupe le plus sous-estimé de la soirée et le plus descendu via les messages de certains forums alors que sur les 4 groupes du soir, ce fût celui qui fût le plus communicatif avec le public. Et pour cette précieuse caractéristique, il aurait été juste de prendre part à plus d'enthousiasme ...

S'en suit après Bigelf. Alors Bigelf est l'archétype même du groupe peu inspiré qui malgré cela, arrive à obtenir une certaine reconnaissance du public et de la presse. Et je dois avouer que je ne comprends pas. Certes, Bigelf n'a rien inventé (d'ailleurs, cela ne m'étonnerait pas qu'ils l'avouent eux-mêmes) Mais à un tel stade de similarité avec tout ce qui marchait dans les années 70, je trouve ça limite. Leur succès est terriblement injustifié. Encore si ce n'était que sur le plan strictement musical, on pourrait se montrer tolérant, mais non, là aussi ça coince ... En plus de proposer quelque chose d'extrêmement formaté, l'attitude des principaux protagonistes, et surtout du chanteur-claviériste à la dégaine d'un mauvais Tim Burton (un peu comme si Ozzy jouait le rôle principal dans Sleepy Hollow ...) m'écoeure au plus haut point et me fait même demander si ces gens là ont vraiment la musique comme dessein. Une telle arogance avec si peu d'arguments artistiques, non, je n'y adhère pas. Vraiment pas. Un clone de Black Sabbath? un clone de Deep Purple? Un peu les deux en même temps à vrai dire. Dans cette demi-heure de musique bien tassée, je ne leur ai trouvé malheureusement que des défauts. Le guitariste nous balance des plans préfabriqués et prévisibles, le claviériste-chanteur nous la joue genre "je fais des solos et je regarde même pas!" (Les "Keyboard-Hero", ça a jamais été mon truc. Je suis plutôt du genre Rick Wright ...) Le bassiste (une sorte de Lemmy jeune qui joue aux doigts) et le batteur remplissaient un rôle rythmique plutôt minimaliste, ce sont malgré tout sur eux que l'intérêt sera le plus solide.

Et aussi injuste que cela peut paraître, ce sont eux qui ont bénéficié du meilleur mixage, qui fait que malgré la musicalité limite s'en dégageait quelque chose d'honorable ... Et ça, cela me faisait presque chier ... Conspiration! (Mike Portnoy, principal instigateur du choix des groupes de la "Progressive Nation 2009", a pris dans ses rangs Bigelf car cela lui faisait penser à tous les groupes de rock des années 70 que lui écoutait ... On comprend mieux maintenant ... D'ailleurs, il fit une apparition dans leur set, ce qui éveilla l'optimisme du public)

Arrivant vers la moitié du concert, une forte envie se fait ressentir: la soif! Le voilà, l'inconvénient d'avoir sa place tout devant. Bifurquer vers les chiottes possède un point de non-retour peu appréciable ... Malgré tout, le show continue, et c'est Opeth qui pointe le bout de son nez. Un Opeth que j'ai trouvé très timide scéniquement malgré la violence palpable de leur musique. Le groupe entame un "Windowpane" suave et lancinant avant de s'attaquer à quelques baobab de sa discographie comme Harlequin Forest, Deliverance ou The Lotus Eater. Et à vrai dire, mon jugement envers eux par rapport à l'Elysée Montmartre n'a pas vraiment changé, leur musique, même de qualité, est lourde de répétitions. Et en dehors de ça, quand je vois Opeth je vois surtout Mikael Akerfeldt. Les autres restent assez en retrait, scéniquement parlant. Opeth, c'est une musique en méditation avec l'âme. Et le fait que ses représentants soient assez peu avenants n'est au final pas très dérangeant. Mais quand on a le gosier à sec, on trouve ça lourd, très lourd ...

Les mecs d'Opeth partent comme ils ont débarqués, un peu à la va-vite. Et en repensant à l'éventualité d'une entracte très longue, les types de la sécurité siégeant entre la scène et le public prennent l'excellente initiative de nous donner à boire. Ce qui fait que l'on pourra jouir pleinement du set de Dream Theater sans se soucier de nos petits traquas anatomiques, cool!

Après - comme nous l'avions estimée - une entracte longue se pointe (30 minutes), les lumières s'éteignent et la bande son de "A Nightmare To Remember" se manifeste, taillée de près par la descente de rideaux qui laisse entrevoir le groupe en action, excepté LaBrie qui se pointera 3 minutes plus tard muni d'une gabardine à la "Dracula" assez énigmatique et correspondant assez au caractère du personnage (gabardine qu'il laissera tomber au bout de 25 minutes du à la chaleur). Et avec tout ça, une première déception notable, le son brouillon ... Inévitable paramètre de mixage des concerts de Metal dans des salles assez imposantes. Le son trop puissant fait que l'on arrivait pas à percevoir toutes les notes des solos de John Petrucci et de Jordan Rudess. Emmerdant. Mais pour en revenir à LaBrie, son attitude est de plus en plus étrange. A peine une partie instrumentale pointe le bout de son nez qu'il s'isole derrière la scène où qu'il abuse de son breuvage pour sa voix histoire de "faire quelque chose au lieu de rester planté là comme un con". Bien que ça ne soit pas la première fois qu'il agisse de cette façon, la manière dont il s'écarte peut laisser penser que l'ambiance dans le groupe n'est pas des plus appréciables ... Et de plus, il ne laisse pas entrevoir une totale décontraction dans son attitude, je le trouve de plus en plus mal à l'aise (je le soupçonne même d'avoir voulu mettre les mains dans ses poches à plusieurs moments). Et les autres? Ils n'ont pas vraiment changé. Portnoy est de plus en plus con, Petrucci, de plus en plus gonflé, Myung, de plus en plus indifférent, et Rudess de plus en plus équipé. Non, ils n'ont pas changé ...

Le groupe enchaîne avec "The Mirror / Lie" qui arrive à me faire frémir. C'est lourd, c'est puissant, c'est "Metal!", mais à l'époque, contrairement à un "A Nightmare To Remember", c'était crédible. LaBrie arrive même à faire chanter le public (seul!) sur le dernier "Don't Tell Me" (comme il y a 4 ans pour la tournée Octavarium!) qui a toujours son petit effet.

Après presque une demi-heure de musique, ce dernier entame enfin la conversation avec le public parisien, pas pour dire grand chose de très bouleversant, certes, mais un contact tout de même ... Il nous ressort toujours la même formule et son "Comment ça 'fucking' va?!", qui au delà du ridicule, en découle un certain effort assez appréciable. En fait, si il parle, c'est aussi pour annoncer le prochain titre, "A Rite Of Passage" ... Ah merde, me dis-je ... "Bon, t'en qu'on a pas Wither, c'est cool en tout cas" ... Et pour la troisième fois de la soirée, j'allai avoir tort ... Et si! Ils l'ont fait! En plus d'avoir osé publier "Wither" sur le dernier album, ils ont également eu l'audace, que dis-je le! La hardiesse d'avoir osé la jouer en live! Cela m'a purement anéanti. Je ne pouvais qu'assister impuissant à cette manifestation insipide et inexpressive dont j'étais une des nombreuses victimes. Et malgré tout, avoir réuni mes forces pour la boycotter à ma façon (un peu comme quand "Fear Of The Dark" avait été jouée lors de la reproduction de la tournée de "7th Son" de Maiden en 2008 ...). Malgré mon lynchage personnel et méditatif que j'accordais à ce morceau, le public avait plutôt l'air d'apprécier ... Etait-ce simplement pour jouer le jeu ou par réelle conviction? A vrai dire, je ne sais pas ... Et ça, ça me fait flipper ...

La suite? Elle fût anecdotique. Peut-être plus par le bourage de crâne sonore que je subissais depuis 3 heures que l'interprétation de "Wither", je dois le reconnaître. Pourtant, l'enchaînement "The Dance Of Eternity" et "In The Name Of God" (que je n'avais jamais entendu en live) aurait "du" être orgasmique! Sauf que ça ne fût pas le cas. Le son trop fort, la fatigue et la soif anéantissait le peu d'enthousiasme qui me restait, ce qui fait que l'interprétation de ces deux morceaux me laissait assez indifférent et je me le reprochais presque ... The Count Of Tuscany est venu clore cette soirée assez morose où je n'éprouvais plus grand chose si ce n'était aller boire un coup et me barrer ... Dream Theater remercie son public, assez chaleureusement, je dois le reconnaître (d'ailleurs, je suis toujours fasciné quand John Myung se prend à cet exercice ... Un petit coucou furtif et hop! Plus de Myung ...) et un de mes potes à ma droite est parvenu à obtenir le médiator de John Petrucci. Content, il l'était. 'Faut dire qu'il m'a en partie écrasé pour le choper en plein vol. Et c'est assez rigolo à remarquer, mais c'est à ce moment du concert que ça a le plus bougé. En même temps, cela me fait rire, mais en même temps, cela me dépite. (là, j'aurai bien mis un smiley rigolo, mais dans un article, ça le fait moyen)

Dream Theater, malgré le fait qu'ils restent indétrônables de ce genre de manifestations musicales, c'est le groupe qui est paradoxalement le moins actif sur le plan scénique. Et je ne ressent plus d'osmose, plus d'harmonie, une certaine impression de "je fais mon taf" assez détestable ... Je suis resté sur ma faim, clairement sur ma fin ... Ce fût d'ailleurs la première fois que je fus déçu de ce groupe en live, peut-être la fois de trop ...

Van Der Graaf Generator - Pawn Hearts

20 septembre 2009

Artiste: Van Der Graaf Generator
Album: Pawn Hearts
Année de Sortie: 1971
Durée: 45:08





Tracklist:

1. Lemmings (Including Cog) (11:37)
2. Man-Erg (10:20)
3. Plague Of Lighthouse Keepers (a. Eyewitness / b. Pictures/Lighthouse / c. Eyewitness / d. S.H.M / e. Presence Of The Night / f. Kosmos Tours / g. (Custard's) Last Stand / h. The Clot Thickens / i. Land's End (Sidelines) / j. We Go Now) (23:04)


Line-Up:

Hugh Banton: Orgues Hammond & Farfisa, Piano, Mellotron, Synthétiseur ARP, Pédale Basse, Guitare Basse, Chant
Guy Evans: Batterie, Timballes, Percussions, Piano
Peter Hammill: Chant Principal, Guitares Acoustiques, Guitare Slide, Piano Electrique, Piano
David Jackson: Saxophones Alto, Ténor et Soprano, Flûte et Chant

(+ musiciens additionnels)

Robert Fripp: Guitare Electrique sur "Man-Erg" et "Plague Of Lighthouse Keepers"


Chronique:

Van Der Graaf Generator, c'est un peu l'élève turbulent de la classe élitiste du rock progressif des années 1970. Car Van Der Graaf façonne sa musique en totale opposition avec ses congénères en proposant une musique lourde, agressive, saturée et volontairement désagréable ... Ce qui en fait quelque chose de terriblement fascinant, mais sous cette fascination, l'effet fruste de cette musique ne sera pas sans dommage, que l'on soit fan ou pas. Et pourtant, pour que cet album soit fascinant, il faut avant tout le comprendre et faire abstraction de son enveloppe corrosive. Car oui, quand j'ai écouté Van Der Graaf Generator pour la première fois (l'album Godbluff de 1975), je ne lui trouvais absolument aucun intérêt et avait même oser dans ma barbe à me dire que ce groupe était la représentation même du Rock-Progressif bâclé chiant, qui n'a de prog que la forme! Et aussi absurde que cela peut paraître, c'était clairement justifiable, car rien n'est fait pour allécher les oreilles de l'auditeur.

Et il m'a fallu de nombreuses écoutes supplémentaires pour progressivement rectifier ce préjugé hâtif. Non, Van Der Graaf est beaucoup plus subtil que ça, mais encore faut-il avoir le courage de se l'affirmer. Même si sur le plan strictement musical, ça n'est pas spécialement révolutionnaire, l'approche, quant à elle, pourrait l'être. Une musique dominée par les saxophones et des orgues saturées, où la place de la guitare est extrêmement minimaliste (quelques accords à la sèche ou quelques glissandos très furtifs. Même les interventions de Robert Fripp sont à peine audibles) et où la basse n'est pas systématiquement tenue par une guitare basse, tout cela soutenu par la voix de lépreux de Peter Hammill, hallucinante par son registre, cela change de façon assez radicale des formations conventionnelles du Rock de cette époque. Et cette absence d'instruments conformistes renforce son intérêt. Surtout que les quatre gaillards ont tous un jeu commun, qui fait l'identité de leur musique. Peter Hammill raille ses tripes comme s'il était constamment à bout de souffle, dans un moment de pur agonie orgasmique, Guy Evans martèle ses fûts avec violence et de manière assez peu académique, Hugh Banton pose des ambiances rêches et décharnées avec son orgue tandis que David "Jaxon" Jackson fait hurler ses saxophones en osmose avec la rudesse mélodique des orgues de son collègue. Et même ses interventions à la flûte sont acerbes, malgré le potentiel lyrique qui se dégage de cet instrument.

"Pawn Hearts" est un blocos sur un service de porcelaine. Instable et imprévisible, cet album se démarque par sa folie, une folie schizoïde où l'homme est en confrontation avec lui-même et avec ses questions métaphysiques universelles, où personne ne peut lui venir en aide. Certaines phases sont accélérées au stade de pur démence (Milieu de "Man-Erg", milieu et fin des trois quarts de "Plague Of Lighthouse Keepers") où l'on prend provisoirement la peau d'un aliéné délaissé aux soins psychiatriques se présentant manifestement comme néfastes. Ces passages de psychose sont masturbatoires et renforcent l'intérêt des morceaux cités car plus ces phases sont intenses, plus l'attente jusqu'à ce qu'elles se manifestent sera jouissive, comme une montée en puissance qui est guidée par le futur plaisir que cela va nous procurer.

Quand on écoute Van Der Graaf Generator, on est un être en adéquation avec le tourment et les aspects les plus détestables de la vie et on trouve en cette musique une sorte de lamentation et de séance d'auto-flagellation introspective, où les éruditions rossées de Peter Hammill nous servirait de gourou spirituel vers un au-delà incertain. Quand on écoute Van Der Graaf Generator, on ne veut pas être bien. On veut souffrir, mais malgré cela, il y a un côté thérapeutique qui en découle qui est indéniable. Sortir les mauvaises choses de soi-même et exploiter tout leur potentiel malfaisant. Et cela fait du bien. Quand j'écoute les phases apocalyptiques de "Plague Of Lighthouse Keepers" où Hammill vocifère son mal-être, je ne peux m'empêcher de l'accompagner dans sa frustration funèbre, une transe furtive et tendue s'empare de mon corps et j'affronte virtuellement les maux vidés du sac de l'humanité.

Mais Van Der Graaf Generator n'a rien à voir avec les groupes 'Gothico-Black-Emo' où le mal-être et l'exagération est rangé au rang d'apologie."Pawn Hearts", c'est une baignade à 14 degrés dans la manche sur une plage de galets avec un vent à 110 kilomètres couverts de nuages gris et insignifiants. Pour compléter le tableau, on pourrait même rajouter des vagues que l'on se prendrait dans la gueule avant même d'avoir posé les pieds dans l'eau. On plonge dedans, on s'en mordrait presque mais on en ressort avec de l'espoir et de la niaque, et aussi un sentiment extrêmement jouissif d'avoir l'impression de ne pas être comme les autres et de fustiger du regard le monde avec un certaine impression de ressortir d'un combat inexistant la tête haute. Van Der Graaf, c'est le hurlement universel, c'est la culture de la souffrance qui est en nous et d'en exploiter toutes les richesses et proposer une œuvre poignante, mûre et terne.

Note: 16/20