Artiste: Magma
Album: Köhntarkösz
Année de Sortie: 1974
Durée: 41:16
Tracklist:
1. Köhntarkösz, Part One (15:22)
2. Köhntarkösz, Part Two (15:44)
3. Ork Alarm (5:32)
4. Coltrane Sündïa (4:17)
Line-Up:
Stella Vander: Chant
Klaus Basquiz: Chant et Percussions
Christian Vander: Batterie, Chant, Piano, Percussions
Jannick Top: Guitare Basse, Violoncelle, Chant, Piano
Gérard Bikialo: Pianos & Orgues Yamaha
Michel Graillier: Pianos & Clavinet
Brian Godding: Guitare
Chronique:
"Comment un type qui n'a jamais écouté 'Mekanïk Destruktïw Kommandöh' peut-il avoir la prétention de chroniquer un album de Magma!?". Cette question, je me la pose bien évidemment à moi-même. Il est vrai que malgré toute l'admiration que je porte à ce groupe, je dois reconnaître que leur œuvre la plus aboutie m'est totalement inconnue musicalement parlant. Et cela est d'autant plus délicat que l'album que je vais chroniquer ici, 'Köhntarkosz', est sorti tout juste un an après, donc qui m'amène à avancer l'hypothèse d'une possible similarité musicale. Ceci dis, la description qu'en fait le wikipedia anglais à propos de cet album pourrait suggérer le contraire ("The Kohntarkosz album marked a change in sound from Magma's previous album. The absence of chant brings it closer to more conventional jazz fusion, however the heavy bass and dark, ritual atmosphere identify it as clearly a Zeuhl album.")
Enfin soit, malgré ma connaissance restreinte (je viens de me rendre compte avec effroi que je ne connaissais que deux albums de Magma!) Allons-y!
Pas vraiment abordable ce 'Köhntarkösz'. Très austère, macabre, les sons et rythmiques tourbillonnent derrière des strilles de synthétiseurs aux sons volontairement longs et angoissants. Le morceau éponyme est découpé en deux parties de 15 minutes tandis que 2 intermèdes viennent compléter la durée totale du disque, dont un hommage poignant envers John Coltrane duquel Christian Vander était un grand admirateur et Ork Alarm, unique contribution de Jannick Top et son groove vrombissant et inébranlable.
En dehors du chaos généralisé qui siège ici, il y a quelque chose de fabuleux qui se dégage de cette atmosphère. Une lande abstraite aux contours symphoniques, un havre de paix pour anges déchus. Une érudition funèbre, volcanique où les chants malsains et insignifiants viennent se greffer sur cette ode au bizarre comme porte-paroles fanatiques et annonceur d'une nouvelle existence. 'Köhntarkösz' est un régime despotique souterrain et aveugle où plusieurs de ses taupes s'écrasent sous cette monarchie de fer. La première partie correspondrait le mieux à cette description. Le rythme est lourd, très lourd et volontairement menaçant. La basse de Top s'allie aux percussions violentes de Vander qui s'opposent aux accords cuivrés et aventureux de leurs homologues claviéristes, comme deux duos se faisant duels.
La deuxième partie reprend la forme de sérénité qui s'était développée sur la fin du premier mouvement, et qui sera développée de façon très habile. L'atmosphère est suave et apaisante. Malgré la tyrannie sonore auquel nous avons été affrontés pendant les 15 premières minutes, un peu de repos s'impose naturellement. Nous ne sommes pas chez Univers Zéro. Les premières minutes du deuxième mouvement voient s'instaurer une forme plus traditionnelle de rock-progressif mais non sans audace. Sauf que cette forme de sérénité s'estompe trop rapidement (mais à la transition intelligente) pour revenir à une rythmique improvisée et méphistophélique qui sera croissante jusqu'à la fin du mouvement où apparaît une partie de guitare agressive assez peu conventionnelle, toujours soutenue par cette chorale perverse que l'on avait pu apercevoir sur le premier mouvement laissant entrevoir un maelström d'éruditions diaboliques. Après un final d'anthologie où chaque entité de ce royaume spectrale spéculent à l'agonie, l'outro fait place à des sortes de chants chamaniques empruntés à toute sorte de peuples bordant notre planète. Bluffant.
'Ork Alarm', le titre qui suit, n'est pas vraiment rassurant non plus. Il est même encore plus noir que le morceau titre. Des attaques métronomiques aux cordes laissent apparaître un chant encore plus malsain s'accentuant de façon démentielle, mais qui aurait pu être retravaillé dans son approche. 'Coltrane Sündïa', comme je le mentionnais en début de chronique, est une élégie à l'encontre de John Coltrane (mort 6 ans après la conception de cet album, certes ... Mais Christian Vander est libre de faire ce qu'il veut, non?). Mais malgré une certaine forme de mélancolie palpable, il y a toujours ce côté malsain et incertain qui en découle. La ligne synthétique à l'arrière-plan sonore ne doit pas y être totalement innocent.
Conclusion: Un album dur, riche en atmosphère sinistres, mais emprunt d'une sensibilité à travers elles extrêmement déroutante. Un album dur à s'octroyer tant son baptême est long et délicat. Une œuvre d'une grande réussite.
Note: 18/20
Magma - Köhntarkösz
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Catégorie Chroniques Discographiques
Van Der Graaf Generator - Pawn Hearts
Artiste: Van Der Graaf Generator
Album: Pawn Hearts
Année de Sortie: 1971
Durée: 45:08
Tracklist:
1. Lemmings (Including Cog) (11:37)
2. Man-Erg (10:20)
3. Plague Of Lighthouse Keepers (a. Eyewitness / b. Pictures/Lighthouse / c. Eyewitness / d. S.H.M / e. Presence Of The Night / f. Kosmos Tours / g. (Custard's) Last Stand / h. The Clot Thickens / i. Land's End (Sidelines) / j. We Go Now) (23:04)
Line-Up:
Hugh Banton: Orgues Hammond & Farfisa, Piano, Mellotron, Synthétiseur ARP, Pédale Basse, Guitare Basse, Chant
Guy Evans: Batterie, Timballes, Percussions, Piano
Peter Hammill: Chant Principal, Guitares Acoustiques, Guitare Slide, Piano Electrique, Piano
David Jackson: Saxophones Alto, Ténor et Soprano, Flûte et Chant
(+ musiciens additionnels)
Robert Fripp: Guitare Electrique sur "Man-Erg" et "Plague Of Lighthouse Keepers"
Chronique:
Van Der Graaf Generator, c'est un peu l'élève turbulent de la classe élitiste du rock progressif des années 1970. Car Van Der Graaf façonne sa musique en totale opposition avec ses congénères en proposant une musique lourde, agressive, saturée et volontairement désagréable ... Ce qui en fait quelque chose de terriblement fascinant, mais sous cette fascination, l'effet fruste de cette musique ne sera pas sans dommage, que l'on soit fan ou pas. Et pourtant, pour que cet album soit fascinant, il faut avant tout le comprendre et faire abstraction de son enveloppe corrosive. Car oui, quand j'ai écouté Van Der Graaf Generator pour la première fois (l'album Godbluff de 1975), je ne lui trouvais absolument aucun intérêt et avait même oser dans ma barbe à me dire que ce groupe était la représentation même du Rock-Progressif bâclé chiant, qui n'a de prog que la forme! Et aussi absurde que cela peut paraître, c'était clairement justifiable, car rien n'est fait pour allécher les oreilles de l'auditeur.
Et il m'a fallu de nombreuses écoutes supplémentaires pour progressivement rectifier ce préjugé hâtif. Non, Van Der Graaf est beaucoup plus subtil que ça, mais encore faut-il avoir le courage de se l'affirmer. Même si sur le plan strictement musical, ça n'est pas spécialement révolutionnaire, l'approche, quant à elle, pourrait l'être. Une musique dominée par les saxophones et des orgues saturées, où la place de la guitare est extrêmement minimaliste (quelques accords à la sèche ou quelques glissandos très furtifs. Même les interventions de Robert Fripp sont à peine audibles) et où la basse n'est pas systématiquement tenue par une guitare basse, tout cela soutenu par la voix de lépreux de Peter Hammill, hallucinante par son registre, cela change de façon assez radicale des formations conventionnelles du Rock de cette époque. Et cette absence d'instruments conformistes renforce son intérêt. Surtout que les quatre gaillards ont tous un jeu commun, qui fait l'identité de leur musique. Peter Hammill raille ses tripes comme s'il était constamment à bout de souffle, dans un moment de pur agonie orgasmique, Guy Evans martèle ses fûts avec violence et de manière assez peu académique, Hugh Banton pose des ambiances rêches et décharnées avec son orgue tandis que David "Jaxon" Jackson fait hurler ses saxophones en osmose avec la rudesse mélodique des orgues de son collègue. Et même ses interventions à la flûte sont acerbes, malgré le potentiel lyrique qui se dégage de cet instrument.
"Pawn Hearts" est un blocos sur un service de porcelaine. Instable et imprévisible, cet album se démarque par sa folie, une folie schizoïde où l'homme est en confrontation avec lui-même et avec ses questions métaphysiques universelles, où personne ne peut lui venir en aide. Certaines phases sont accélérées au stade de pur démence (Milieu de "Man-Erg", milieu et fin des trois quarts de "Plague Of Lighthouse Keepers") où l'on prend provisoirement la peau d'un aliéné délaissé aux soins psychiatriques se présentant manifestement comme néfastes. Ces passages de psychose sont masturbatoires et renforcent l'intérêt des morceaux cités car plus ces phases sont intenses, plus l'attente jusqu'à ce qu'elles se manifestent sera jouissive, comme une montée en puissance qui est guidée par le futur plaisir que cela va nous procurer.
Quand on écoute Van Der Graaf Generator, on est un être en adéquation avec le tourment et les aspects les plus détestables de la vie et on trouve en cette musique une sorte de lamentation et de séance d'auto-flagellation introspective, où les éruditions rossées de Peter Hammill nous servirait de gourou spirituel vers un au-delà incertain. Quand on écoute Van Der Graaf Generator, on ne veut pas être bien. On veut souffrir, mais malgré cela, il y a un côté thérapeutique qui en découle qui est indéniable. Sortir les mauvaises choses de soi-même et exploiter tout leur potentiel malfaisant. Et cela fait du bien. Quand j'écoute les phases apocalyptiques de "Plague Of Lighthouse Keepers" où Hammill vocifère son mal-être, je ne peux m'empêcher de l'accompagner dans sa frustration funèbre, une transe furtive et tendue s'empare de mon corps et j'affronte virtuellement les maux vidés du sac de l'humanité.
Mais Van Der Graaf Generator n'a rien à voir avec les groupes 'Gothico-Black-Emo' où le mal-être et l'exagération est rangé au rang d'apologie."Pawn Hearts", c'est une baignade à 14 degrés dans la manche sur une plage de galets avec un vent à 110 kilomètres couverts de nuages gris et insignifiants. Pour compléter le tableau, on pourrait même rajouter des vagues que l'on se prendrait dans la gueule avant même d'avoir posé les pieds dans l'eau. On plonge dedans, on s'en mordrait presque mais on en ressort avec de l'espoir et de la niaque, et aussi un sentiment extrêmement jouissif d'avoir l'impression de ne pas être comme les autres et de fustiger du regard le monde avec un certaine impression de ressortir d'un combat inexistant la tête haute. Van Der Graaf, c'est le hurlement universel, c'est la culture de la souffrance qui est en nous et d'en exploiter toutes les richesses et proposer une œuvre poignante, mûre et terne.
Note: 16/20
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Catégorie Chroniques Discographiques
Anderson Bruford Wakeman Howe
Artiste: Anderson Bruford Wakeman Howe
Album: Anderson Bruford Wakeman Howe
Année de sortie: 1989
Durée: 59:05
Tracklist
1. Themes: Sound / Second Attention / Soul Warrior
2. Fist Of Fire
3. Brother Of Mine: The Big Dream / Nothing Can Come Between Us / Long Lost Brother Of Mine
4. Birthright
5. The Meeting
6. Quartet: I Wanna Learn / She Gives Me Love / Who Was The First / I'm Alive
7. Teakbois
8. Order Of The Universe: Order Theme / Rock Gives Courage / It's So Hard To Grow / The Universe
9. Let's Pretend
Line-Up:
Jon Anderson: Chant et Choeurs
Bill Bruford: Batterie
Rick Wakeman: Claviers
Steve Howe: Guitares électriques et acoustiques
+ (invités)
Tony Levin: Guitare Basse, Chapman Stick, Chant
Matt Clifford: Claviers, Programmation, Orchestration, Chant
Milton McDonald: Guitare Rythmique
(+ autre choeurs)
Chronique:
Présenté comme une sorte d'alternative à Yes où Jon Anderson et ses acolytes continuent leur bonhomme de chemin, en proposant un pop mièvre et insipide en totale adéquation avec le son de l'époque (Big Generator), "Anderson, Bruford, Wakeman, Howe", comme son nom l'indique, résulte des retrouvailles du leader arachnéen avec ses anciens compères de Yes. (Anderson ne pouvait pas prendre le nom de Yes, détenu par Chris Squire) Et pas des moindres: Steve Howe, Rick Wakeman et Bill Bruford. On retrouve presque la formation de "Fragile"! Bien que cela ait beaucoup de gueule sur le papier, le résultat qui en découle est loin, très loin de ce que l'on pouvait espérer. On nous avait déjà fait le coup avec Asia 8 ans plus tôt. Pourtant, musicalement, cette nouvelle greffe progressive n'est pas spécialement mauvaise, mais jamais elle n'aurait du voir le jour en 1989. Elle a au moins le mérite d'avoir été conçue dans un réel processus de création en dehors des enjeux commerciaux qui étaient propre à la doctrine d'Asia, qui elle, proposait une musique prévisible et formatée.
Mais malgré la qualité des morceaux, il y a quelque chose qui coince ... Les coupables? Il n'y aura pas besoin d'aller les chercher très loin. Ce sont les mêmes qui ont été à l'origine de l'échec de Tormato ... Si si, rappelez-vous ... Rick Wakeman et Jon Anderson (oui, ce sont eux!) se sont parfaitement adaptés à leur époque, voire un peu trop. Et c'est bien ça le problème. J'ignore de quoi était constitués les albums solos du premier cité précédent cet album, mais ça ne devait vraiment pas être fameux, les sons qu'il nous sort sortirai presque d'un mauvais album de Jean-Michel Jarre, on croirait à une blague, mais ça n'a malheureusement pas l'air d'être le cas ... Et Anderson? Il nous fait toujours part de sa politique naïve de l'amour et toutes les niaiseries qui l'accompagne, perché dans un monde dont il a beaucoup de mal à se défaire, c'en est légèrement écœurant. Mais ne les blâmez pas si hâtivement, ils ne savent pas ce qu'ils font ... Non, les années 1980 n'ont certes pas été prolifiques, mais encore moins concernant ces deux là. Steve Howe et Bill Bruford, quant à eux s'en sortent pour le mieux. La guitare n'est pas l'instrument qui a le plus souffert des nouvelles technologies, lui laissant toujours la possibilité d'exprimer son jeu écorché très caractéristique, tandis que pour Bill Bruford, malgré son jeu intelligent et incroyablement précis, aura eu la très mauvaise idée d'avoir utilisé une batterie électronique, l'amputant une partie de son talent. La basse quand à elle, est tenue par Tony Levin, incontournable de ce genre de projets.
Malgré tout, certains morceaux sont bons, très bons même. "Brother Of Mine" se démarque par sa ligne vocale épurée qui se présente même comme l'armature même du morceau où les instruments gravitent autour d'elle. "Birthright", pour sa sobriété, sera également très appréciable (se terminant par une introduction de didjeridoo assez inattendue). Le reste? A vrai dire, je reste perplexe ... Car les morceaux restants sont radicalement gâchés par la présence de Wakeman alors qu'ils auraient pu être bons ("Theme", "Fist Of Fire", "Order Of The Universe"). Pourtant, on sent sur cet album une volonté d'ouverture vers d'autres courants musicaux ou culturels. Mais là aussi, c'est raté. Quand j'ai entendu "Teakbois" la première fois, j'avais envie de me jeter par la fenêtre ... Ils ont osés! On dirait une parodie de la compagnie créole! Et passé le cap de vouloir se défenestré, on reste très mal à l'aise, mais on ne sait pas si c'est pour nous ou pour eux. "Order Of The Universe", quant à lui, flirte entre le générique d'Intervilles et celui de Denver ... Si, si!
Pourtant, on arrive des fois à éprouver du plaisir à l'écoute de ce disque, mais rien à faire, on ne peut rester aveugle aux interventions nauséeuses de Wakeman, elles nous rattrapent et parviennent malgré tous nos efforts inimaginables à contenir le reste et à écœurer notre système auditif. Car elles façonnent les ambiances, ce qui fait la couleur au morceau. Ce qui a une importance capitale. On dirait que cet album ... a été conçu pour les enfants!
Conclusion: un album qui aurait pu être potentiellement bon mais massacré de manière grotesque par les sons d'époque. Malgré quelques folies fortement appréciables, cela en fait quelque chose d'extrêmement indigeste, écœurant, voire même déprimant ...
Note: 12/20
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Catégorie Chroniques Discographiques
Tangerine Dream - Phaedra
Artiste: Tangerine Dream
Album: Phaedra
Année de sortie: 1974
Durée: 37:34
Tracklist:
1. Phaedra (16:43)
2. Mysterious Semblance At The Strand Of Nightmares (10:35)
3. Movements Of A Visionnary (7:55)
4. Sequent 'C' (2:17)
Line-Up:
Edgar Froese: Mellotron, Guitare Basse, Synthétiseur VCS3 & Orgue
Chris Franke: Synthétiseur Moog, Claviers & Synthétiseur VCS3
Peter Baumann: Orgue, Piano Electrique, Synthétiseur VCS3 & Flûte
Chronique:
Avec Phaedra, nous sommes à l'aube de la réponse universelle du symbolisme global de toutes nos questions existentielles, comme si nous attendions avec une patience inhumaine la sentence verbale des choses dont nous avons passé une majeure partie de notre vie à supposer, et qui ont suscité en nous une peur inexpliquée, formulée par un gourou fluide et javellisé cerclé de machines du savoir et de la raison, le tout d'un ton trop solennel pour qu'on puisse y croire, laissant les récolteurs d'authenticité hiératiques.
Quand on écoute Phaedra, nous sommes dans le monde de l'après-savoir, le savoir ultime et la connaissance sacrée, le monde ultérieur et élitiste. Car ce savoir relègue à un rang inévitablement grotesque les choses qui ont suscité une indéfinissable curiosité jusqu'à cette inconcevable révélation. Nous nous laissons bercer et savourons le fruit passé de notre existence. Les machines tournoient et s'octroient la couleur de la vie, se convoquent, délibèrent le tout dans une harmonie intrinsèque incroyablement froide mais sereine. Elles nous charcutent avec douceur et volupté, et ont été le but de notre voyage ... Et si nous avons réponse à tous nos doutes et maux qui ont alternés de façon désagréable notre existence, que nous reste-t-il si ce n'est profiter de ce plaisir malin et inintelligible?
Car malgré cette hypnose envoûtante se cache un sadisme profond et malsain, celui d'avoir l'intime conviction que nous serons seuls et graves pour l'éternité. Une solitude qui se caresse dans le sens du poil, une quiétude d'un presque silence cauchemardesque. Le soupir d'une désolation d'un charme non destructeur mais juste effroyablement austère. Cette sensation d'auto-mutilation de l'esprit pour en découvrir des tréfonds où même Dieu lui-même n'auraient pu soupçonner son existence, mais d'où l'on sort non sans dommages des trésors qui pourront nous illuminer avec un enthousiasme atroce pour le reste de l'éternité. C'est l'album qu'aurait du emporter Mr Benis dans sa poche lorsque ce dernier cassa malencontreusement ses lunettes dans le tristement célèbre épisode phare de la "4ème Dimension" ...
Note: 17,5/20
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Catégorie Chroniques Discographiques
Yes - Drama
Artiste: Yes
Album: Drama
Année de sortie: 1980
Durée: 36:55 (+79:16)*
Tracklist:
1. Machine Messiah (10:27)
2. White Car (1:21)
3. Does It Really Happen? (6:35)
4. Into The Lens (8:33)
5. Run Through The Light (4:43)
6. Tempus Fugit (5:15)
Line-Up:
Trevor Horn: Chant & Guitare Basse sur "Run Through The Light"
Chris Squire: Guitare Basse, Chant & Piano sur "Run Through The Light"
Steve Howe: Guitares & Chant
Geoff Downes: Claviers & Vocoder
Alan White: Batterie, Percussions & Chant
*version remasterisée avec titres bonus
Chronique:
Après l'indiscutable échec de Tormato, Yes a trouvé bon de changer sa formule. Exit donc, Rick Wakeman et Jon Anderson, déstabilisés par la tournure musicale aseptisée involontairement adoptée par le groupe, comme s'ils sentaient qu'il fallait à tout prix mettre un terme avant qu'ils foncent inévitablement dans le mur. (Ceci dis, cet argument était clairement justifiable quand on voit ce qu'à donné les premières sessions de Drama, quand ces deux derniers étaient encore dans le groupe), Chris Squire, Steve Howe et Alan White se retrouvèrent à poil de leur gourou cabalistique et de leur déambulateur de paluches costumé (mais contrairement à Anderson, Yes n'avait eu aucune difficulté à remplacer Wakeman. Sans Patrick Moraz, la touche jazzy et chaleureuse de Relayer n'aurait jamais pu jaillir), clairement démoralisés par cet évènement inattendu, ils décidèrent malgré tout de ne pas dissoudre le groupe, même s'ils savaient qu'au fond, l'échéance arriverait tôt ou tard devant les mouvements musicaux en extrême mutation à l'aube de cette décennie des années 1980 qui s'est vu manifester une régression évidente de la musique Rock.
Les trois membres restants décidèrent de frapper un grand coup (et dans le même temps, prendre un sacré risque) : recruter les deux membres des Buggles, Trevor Horn et Geoff Downes! Deux inconditionnels de la pop léchée et limite parodique ayant un lien très pauvre (voire inexistant) avec la musique de Yes jusqu'à maintenant. Du pain-béni pour les détracteurs de la formation qui se réjouissaient de pouvoir les descendre avec un certain sadisme éloquent avant même que ce nouveau line-up ait pu travailler son nouveau disque. Mais entre nous, ceci était clairement légitime vu la sale publicité que Yes se mangeait depuis Going For The One. Et cette alliance imprévisible pouvait laisser sceptique.
Tout était réuni pour un échec d'une dimension astrale où toutes les revues musicales de l'époque pourraient s'adonner à cœur joie à une lapidation collective. Sauf qu'il n'en est rien, Drama est un coup de bluff hallucinant, cet album - vu son contexte - est inexplicablement excellent, ce qui ne l'a tout de même pas empêché d'être copieusement descendu, mais là n'est pas le problème, il l'aurait été quoiqu'il arrive. Mais la question à tendance quasi philosophique que se pose n'importe quel fan de Yes ayant un faible pour cet album est, "Pourquoi cet album est bon?" Tout comme Tormato, il y a plusieurs théories: la réponse la plus élémentaire serait d'affirmer que ce n'est pas un album de Yes, mais un album de Yes ET des Buggles, ce que je réfute. Drama est un authentique album de Yes, mais un Yes s'étant étrangement adapté à son époque musicale indécise. Trevor Horn et Geoff Downes ont apporté un coup de fraîcheur inattendu et un coup de boost phénoménal au groupe, signant d'une caractéristique clairement pop mais tout en prenant soin de ne pas dénaturaliser la musique épurée de nos britanniques à costumes, ce qui fait un album, paradoxalement, extrêmement progressif.
Si Drama est bon, c'est qu'ils ont maniés ces deux mouvements sans tomber dans le cliché, et il est évident que quand on passe de Tormato à celui-là, Wakeman et Anderson apparaissaient clairement comme les principaux instigateurs de la régression du son de Yes. Car ici, Geoff Downes exploite bien mieux les nouvelles technologies électroniques contrairement à Wakeman et son ignoble Birotron. Downes est également beaucoup plus sobre! Terminées, les grandiloquences pompeuses! Trevor Horn, quant à lui, apporte peu par rapport à son prédécesseur, sa voix est certes banale, mais laisse entrevoir toute sa profondeur quand il est soutenu par les lignes vocales de Chris Squire. On pourra lui reprocher quelques limites dans les aigus, là où Anderson était quant à lui clairement à ses aises.
L'album est également bien mieux produit que Tormato (le retour de Eddie Offord aux commandes n'y est pas pour rien), et ce qui fait qu'on le place comme un ovni musical est le fait qu'il ai une approche très Prog tout en ayant un son très kitsch, mais pour une fois, qui ne sera pas connoté péjorativement, ce qui dans un sens me paraît absurde. Cet album était la représentation même que le Prog pouvait avoir sa place dans les années futures, mais ça, personne n'y croyait, ou personne ne voulait le croire. Chaque morceau est inévitablement beaucoup plus Rock que les précédents albums. Chaque morceau est un potentiel petit concentré de dynamite, indépendants les uns des autres, créant des tubes en puissance sans en être vraiment. Machine Messiah propose une rythmique violente digne d'un groupe de Heavy-Metal découpés en plusieurs parties où les notes valsent astucieusement sur un nid à sensations, l'étrange interlude symphonique qu'est White Car laisse place au pulsif Does It Really Happen? à la ligne de basse démentielle et aux orchestrations utopistes laissant entrevoir les fantaisies musicales de l'univers d'un Crash Bandicoot, talonné par un Into The Lens jouissivement déstructuré au refrain imprévisible et dévastateur, comme se trouvant dans une barque, perdu au milieu d'un lac. Ce morceau est la représentation même de ce nouveau Yes, toujours fugace, toujours subtil, mais de plus en plus indicible et surtout d'une beauté hallucinante. Comme si ils avaient mis tout ce qui leur restaient de leur inspiration, celle qui vient des tripes, et qu'elle s'écoule jusqu'à la lie, quitte à se faire gerber*, contrairement au pâlichon Run Through The Light qui n'aura pour intérêt que de remarquer l'aisance notable qu'à Trevor Horn avec une 4 Cordes. Tempus Fugit clos cette nouvelle démarche créatrice (mais trop courte!) avec un puissant Rock fruité d'une virtuosité furtive mais un poil répétitive, comme s'ils avaient trop exploités le riff initial.
*(remarque: la première version de ce morceau s'intitulait 'I Am A Camera' est était initialement sortie par Downes et Horn quand ils étaient encore chez les Buggles)
Conclusion: Drama est en quelque sorte là pour retarder l'échéance fatidique et inévitable, réservée à tous les groupes de Prog en ce tout début de décennie. C'est d'ailleurs assez étonnant que Yes ai tenu tête aussi longtemps dans ce domaine; c'est un hommage et un épilogue honorable qu'il est bon de se le rappeler, et aucun autre album similaire à celui-là ne sera produit tant le contexte de sa réalisation était spécial. Trevor Horn ne se sentant pas à l'aise dans ce rôle si délicat et en conflit avec son ancien compère Downes, quittera le navire. Ce dernier quant à lui, ira former "Asia" avec Steve Howe, John Wetton & Carl Palmer. Le groupe sera officiellement dissous en 1981.
Note: 16,5/20
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Catégorie Chroniques Discographiques
Yes - Tormato
Artiste: Yes
Album: Tormato
Année de sortie: 1978
Durée: 41:35 (+79:50)*
Tracklist:
1. Future Times / Rejoice (6:46)
2. Don't Kill The Whale (3:56)
3. Madrigal (2:25)
4. Release, Release (5:44)
5. Arriving UFO (6:07)
6. Circus Of Heaven (4:31)
7. Onward (4:05)
8. On The Silent Wings Of Freedom (7:47)
Line-Up:
Jon Anderson: Chant, Guitare Alvarez 10 Cordes & Percussions
Chris Squire: Guitare Basse, Pédales Basse, Piano sur "Don't Kill The Whale" & Chant
Steve Howe: Guitares électriques et acoustiques, Mandoline & Chant
Rick Wakeman: Piano, Orgue, Moog, Synthétiseurs & Birotron
Alan White: Batterie, Percussions & Chant
*Version resmaterisée avec titres bonus.
Chronique:
Tormato est le 9ème album de Yes, et c'est la première déception notable du quintet qui sera malheureusement croissante avec le temps. C'est indiscutable - et malgré les arguments plus ou moins fiables de ses ardents défenseurs - cet album n'est pas bon. Mais pourquoi n'est-il pas bon? Les hypothèses fourmilles et je ne sais par laquelle commencer.
Premièrement, il y a la date. Tous les hypothétiques fans de Rock-Progressif que vous êtes qui lisent cette chronique n'auront pas de mal à approuver que c'est un des éléments étrangement fondamentaux de ce style musical aussi complexe qu'incohérent. Or, Tormato est sorti en 1978. Même si certaines formations du genre en étaient encore à pondre de belles œuvres, la plupart des cadors du mouvement étaient en flagrante perte créatrice, que ça soit ELP avec son caricatural Love Beach ou Gentle Giant et son innommable Giant For The Day. Sur Tormato, Yes est également en perte créatrice, qui pourtant n'était sorti qu'un an après le mystique et cristallin Going For The One dont je ne m'étais pas gêné pour le bourrer d'éloges. Pourquoi une descente aussi flagrante et instantanée? Et en cette fin de décennie fertile, le matériel - contrairement aux idées des principaux protagonistes - évoluait. Mais pas forcément dans le bon sens. Le plus grand défaut à cet album sont les sons utilisés par Rick Wakeman que l'on croirait tout droit tirés d'un synthé Yamaha pour gosse bon marché. Inutile de vous préciser que les sons qu'ils sortaient de son matériel nouveau était d'un kitsch nauséabond (mon dieu son solo sur 'On The Silent Wings Of Freedom' ...), mais ça, j'imagine bien que vous l'auriez deviné.
Deuxièmement, Tormato est né sous de nombreux désaccords qui a clairement déteins sur le contenu musical (bien sûr, ce n'est pas le cas partout. Le "Gazeuse!" de Gong était d'une réussite et d'une complémentarité hallucinante, ce qui n'empêchait pas Francis Moze et Pierre Moerlen de s'engueuler à chaque répétition et d'être en totale disgrâce, mais je m'égare). Et comme l'indique le contenu du livret de la version remasterisée, c'est la première fois dans la discographie de Yes que Steve Howe et Rick Wakeman ne s'entendaient pas sur la façon de combiner leurs mélodies respectives. Qui fait que les deux s'égarent sans vraiment se quitter, comme s'ils tournaient introspectivement vers un but qui n'existe pas en se cherchant mutuellement.
Sur Tormato, je n'ai jamais su si c'était les morceaux ou la production qui étaient mauvais(e). D'un côté, ça pourrait très bien être les deux (et de plus, ça m'arrangerait dans ma rédaction). Et pourtant, Yes fait toujours du Rock-Progressif dans sa formule la plus pompeuse et la plus caricaturale, il n'y a de doutes là-dessus. Mais dieu que c'est maladroit! Ce n'est pas incohérent non plus mais la qualité des compositions n'est plus là, comme si ils ne croyaient plus à ce qu'ils faisaient et qu'ils apercevaient au bout de l'horizon la fin future du genre musical qui les amenés sur le devant de la scène. De plus, la production est fade et la sensation d'être "enfermé" domine largement, le son en est écrasé, compressé. Ce qui est paradoxal quand on sait que leur musique se fait fluviale et aérée, où la liberté ne possède ni frontières, ni limites, et cela casse indéniablement l'œuvre. (C'est assez amusant à noter, mais je compare souvent cet album au No Prayer For The Dying d'Iron Maiden, car leurs défauts respectifs sont intimement liés). Comme le montre les premières notes de "Future Times / Rejoice", on sait d'ores et déjà que cet album sera bancal et où l'on ne trouvera pas la magie d'un Going For The One. Et fort étrangement, les morceaux qui me plaisent le plus sur Tormato sont les plus simplistes, les plus directs et les moins grandiloquents. Les pulsations catchy de Don't Kill The Whale ou de Release, Release arrivent à me faire headbanguer, contrairement aux sirupeux 'Onward' et 'On The Silent Wings Of Freedom' qui tentent avec un acharnement fataliste de concurrencer ses âinés. Yes est en train de comprendre que le temps des "Epic-Songs" majestueux est malheureusement révolu, et que ce n'est plus ce qu'attends leur public.
Troisièmement ... Non, il n'y a pas de troisièmement, j'ai involontairement abordé tous les points cruciaux dans les deux derniers paragraphes. Mais je ne vais pas juger le niveau de nos 5 musiciens, car la production déséquilibrée, juger leur jeu respectif aurait assez peu d'intérêt. J'en arrive à la conclusion suivante:
Dans cet album, Yes est perdu et ne sait pas trop où il va. Continuer à faire du Rock-Progressif dans sa forme la plus détestable où s'adapter aux nouvelles tendances musicales quitte à se trahir soi-même? Quoiqu'il en soit, cette sortie aura eu des séquelles sur le groupe, Rick Wakeman et Jon Anderson le quitteront à la fin de la tournée suivant la sortie de l'album. Le premier ne réintègrera le groupe officiellement qu'en 1991 alors que l'autre s'éclipsera le temps d'un album sans sa collaboration, Drama (1980) qui lui sera étrangement excellent.
Note: 10/20
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Catégorie Chroniques Discographiques
Dream Theater - Black Clouds & Silver Linings
Artiste: Dream Theater
Album: Black Clouds & Silver Linings
Année de sortie: 2009
Durée: 75:25
Tracklist:
1. A Nightmare To Remember (16:10)
2. A Rite Of Passage (8:35)
3. Wither (5:25)
4. The Shattered Fortress (12:49)
- X. Restraint
- XI. Receive
- XII. Responsible
5. The Best Of Times (13:07)
6. The Count Of Tuscany (19:16)
Line-Up:
James LaBrie: Chant
John Petrucci: Guitares & Chant
Jordan Rudess: Claviers & Continuum Fingerboard
John Myung: Basse
Mike Portnoy: Batterie, Percussions & Chant
Chronique:
Le 23 Juin dernier, le nouveau Dream Theater est sorti. Depuis son annonce fin mars, je ne pouvais qu'être satisfait de sa sortie définitive tant l'attente qui en découlait était importante. Sauf qu'à force de me farcir d'informations et de spéculations sur ces 3 derniers mois, une indigestion précoce s'empara de moi quelques semaines précédent sa sortie, qui était peut-être un signe révélateur du contenu de cette galette ... Mais parlons un peu concret!
Dream Theater, j'ai été un grand fan pendant des années depuis la découverte du Train Of Thought fin 2003 alors que ma connaissance Metallistique ne se constituait presque exclusivement que de Metallica ou d'Iron Maiden. Et si je dis que j'ai été fan, c'est que je ne le suis plus, malgré le fait que je sois allé les voir 4 fois (mais ce n'est pas le fait de les avoir vu 4 fois qui a provoqué cela). C'est le groupe qui m'a en quelque sorte ouvert les yeux et l'esprit musicalement, et ce qui fait que je n'en suis plus fan maintenant est ce 'synthétisme' et ce côté trop factice qui découle de leur musique, comme s'ils voulaient trop prévoir leur musique en délaissant le côté "imprévisible" qui en fait le charme. C'est surtout du au fait que leur musique a perdu énormément d'impact sur les 3 derniers albums, celui-ci compris.
Black Clouds & Silver Linings ne propose rien de vraiment nouveau. Si l'on excepte les nappes de claviers que Jordan qualifia grossièrement de "gothiques" dans une interview (et qui avait provoqué en moi une certaine crainte ...), et les parties plus aérées de la fin de 'The Count Of Tuscany', il n'y a pas d'innovation. Car pour moi à travers ces interventions pompeuses, ils ont tenté de créer une ambiance bien spécifique, mais le fait de se dire ça conduit indiscutablement à l'échec car le rendu est bien trop aseptisé pour qu'il puisse être crédible. Cela fait "là, on va rajouter des nappes de claviers symphoniques pour changer un peu et pour accentuer ce côté Heavy tu vois". Car comme sur le Systematic Chaos, il n'y a pas d'atmosphère notable, et ce n'est pas les orchestrations grandiloquentes du premier titre qui suffira à en créer une! Il n'y a pas cette petite touche de folie imprévisible tantôt colorée, tantôt chaleureuse, c'est un album incroyablement neutre! (Certains détracteurs répondront simplement que c'est juste un album de Dream Theater ... Mais là dessus, je ne suis pas d'accord)
Malgré la musique prévisible qu'est devenue celle de Dream Theater, la technique n'est absolument point atténuée, mais juste très mal exploitée. Ils se veulent "techniques" mais sans l'être dans le bon sens du terme, ils déballent leur arsenal en manquant cruellement de folie, alors qu'ils pourraient faire des miracles. Dream Theater a arrêté de faire du Prog comme moi je l'entends, Dream Theater fait de la caricature du Prog et s'auto-caricaturent par la même occasion. Ils se veulent également plus "metal" mais ils n'ont jamais été réellement crédibles à mes yeux dans cette approche, ils tanguent tantôt vers l'un, tantôt vers l'autre, ne trouvant pas de stabilité. Comme le montre le morceau d'ouverture 'A Nightmare To Remember', il y a des gros riffs, du blast beat, du chant plus sombre mais cela reste incroyablement mou, ce qui est assez paradoxale vu l'approche. Mais le principal problème de Dream Theater, c'est qu'ils manient bien trop mal leurs influences et qu'ils ne cessent de se faire embringuer par les nouvelles tendances musicales! Avec Octavarium, les sonorités propres à Muse étaient indiscutables, sur Train Of Thought, celles empruntées à Metallica ou à Pantera l'étaient également, et là on ne peut s'empêcher de penser à Opeth avec qui ils ont tournés lors de la dernière "Progressive Nation" ou encore plus flagrant avec du Rush sur la partie principale de 'The Count Of Tuscany'. Mais tout cela en moins bien, trop artificiel pour être fiable. Dream Theater devrait arrêter de fonctionner en fonction de ces paramètres, Dream Theater devrait penser un peu par lui-même!
Cette absence de folie, on la doit surtout à l'emprise qu'a Portnoy et Petrucci sur le plan conceptuel et musical. Les deux têtes pensantes du groupe sont pour moi la régression même du son de Dream Theater (et peut-être le lavage de crâne de leur maison de disque actuelle, Roadrunner, qui sait ...), ce sont pour moi à l'heure actuelle les "deux" points faibles qui font que la musique de DT a perdu sa fougue créatrice. Ou peut-être du à la faute des 3 autres ne s'impliquant pas assez, c'est également une possibilité. Car dans Black Clouds & Silver Linings, la basse de Myung n'a jamais été aussi en retrait, moi qui me plaignait du peu d'impact qu'elle avait dans Systematic Chaos, j'étais loin d'imaginer qu'il ne se contenterait juste de suivre docilement les parties de guitares sur celui-là, ne laissant apercevoir qu'un petit brin de folie sur la fin de 'The Count Of Tuscany'. Son jeu est devenu extrêmement minimaliste! Et en dehors de ça, je n'aime pas le son que John Myung produit, il est gras, rugueux, pâteux et sans identité. On est loin de la clarté de ses lignes du Awake! Et si je dis que Portnoy et Petrucci sont les points faibles actuels du groupe (et malgré l'absurdité de ses propos selon certains), c'est que pour moi, ce sont eux qui sont responsables de l'absence de vie à travers leur musique. Je ne reviendrais pas sur leur jeu car il correspond plus ou moins à tout ce que j'ai écrit dans cette chronique jusqu'à présent. Jordan Rudess propose de nouveaux sons, notamment une approche très psychédélique sur son solo sur 'A Rite Of Passage' mais un des points positifs le concernant est qu'il ne fait presque aucun rajout et se contente souvent d'épauler ses collègues avec de solides accords volontairement dénués de technique. James LaBrie se contente de caler ses lignes de chant avec de léger changement d'intonations sur certains passages. Mais le LaBrie se fait vieux et il n'arrive même plus à être efficace en studio, ce qui peut entrevoir de sacrés craintes pour la tournée à venir, on est loin de sa fantastique performance pure et aérée du Systematic Chaos.
Mais le fait que l'on ai affaire à de la complexité déguisée réside dans le fait que les parties instrumentales sont trop brèves et peu exploitées, loin de la façon dont ils les exploitaient à l'époque de Images & Words ou du Awake. Elles ne trouvent pas de transitions à celles-ci, et elles s'effacent petit à petit, ce qui créer tout de même un goût de facilité propre à la tournure que prend le groupe, même Systematic Chaos avait des parties instrumentales mieux soignées! Et quand j'aligne ce genre de propos, je ne peux m'empêcher de penser à la fin de la saga des "AA", 'The Shattered Fortress'. Les 4 morceaux précédent celui-là dont le premier (The Glass Prison) se trouvait sur l'album "Six Degrees Of Inner Turbulence" possédaient un rythme et une certaine cohérence alors que sur le morceau qui boucle l'histoire, c'est du pur copier-coller! Certes, on savait inévitablement que l'on se retrouverait avec des passages similaires aux morceaux précédents, mais j'étais loin d'imaginer qu'ils allaient être aussi explicites! Ça ne lui apporte ni d'identité, ni d'atmosphère mais surtout (et avant tout) de la frustration! Car quand on sait que cette "suite" s'est voulue si complexe, on sent tout de même un terrible goût d'inachevé!
Sur les autres morceaux de cet album, il y a du bon et du très mauvais, mais pas du très bon, nuance. A Nightmare To Remember, comme je l'avais indiqué plus haut est un solide bloc tantôt symphonique, tantôt agressif, mais stéréotype du morceau Metal-Progressif avec ses différentes structures et son refrain taillé pour faire frémir les néophytes en la matière. Ceci dis, j'aime le boost symphonique que Rudess apporte avec ses sons de cathédrale, mais assez maladroitement placés, car le morceau traite d'un accident que John Petrucci a eu quand il était petit, et où le rapport 'gothique' est assez mince au vu des paroles. Mais cette remarque me fait également penser à leur façon de créer leurs morceaux, notamment au niveau des paroles. Ils créent avant tout la musique et ajoutent les paroles sur une musique déjà crée ... Mais ce n'est pas un peu trahir le travail conceptuel de fonctionner de cette façon? Ne vaut-il mieux pas créer la musique sous une idée ou un concept particulier et non le contraire? Car la musique n'aurait donc pas réellement de lien concret avec les paroles, qui fait qu'ils pourraient mettre n'importe quel type de paroles, ou n'importe quel type d'histoire sur des centaines d'instrumentales différentes, ça en décrédibilise le contenu ... Surtout pour des perfectionnistes comme Dream Theater!
A Rite Of Passage est le morceau de remplissage dans l'unique but de créer un single. Le refrain est facile et efficace, on arrive à repérer quelques plagiats de Megadeth et d'auto-plagiat de 'Home' dans le riff principal, mais ce qui gêne le plus sont les transitions quasi-inexistantes ou maladroites, notamment la partie instrumentale qui rejoint de façon bien trop anarchique le refrain. C'est là histoire de dire "Bon, on boucle le morceau de cette façon, on va pas s'emmerder, ça fera tout de même un bon single!" Et je n'apprécie pas cette approche, c'est trahir la musique pour le succès et l'argent facile, et cela brise la ligne logique de l'album, sur le plan artistique. En parlant de succès facile, c'est on ne peut plus explicite avec l'innommable et l'immonde Wither et cet espèce de pseudo-ballade mélancolique d'un mauvais goût encore jamais inégalé par les américains. On a l'impression d'aller faire ses courses au supermarché ... Sur Wither, c'en est trop, ça en dégouline. C'est beaucoup trop naïf! Pourtant, j'ai beaucoup aimé le côté très mélancolique de Vacant ou la sobriété mélodique d'un Anna Lee ... Mais là, il n'y a ni l'un ni l'autre. The Best Of Times correspond quand à lui à l'assouplissement de la musique de Dream Theater. L'introduction n'est pas spécialement désagréable, même apaisante où Jerry Goodman (Mahavishnu Orchestra) est venu caler une brève mais intense partie de violon. Là où ça se corse, c'est quand vient la rythmique et ces suites d'accords innocents qui me font inévitablement penser à des groupes des années 1980 kitshissimes au possible. Mais malgré ces brèves interludes hautement dispensables, le morceau n'est pas désagréable pour autant, il a juste l'inconvénient d'être un peu trop long. Le final n'est pas sans rappeler celui de 'The Ministry Of Lost Souls'.
Mais le gros de l'album est 'The Count Of Tuscany'. Et ne me dites pas qu'un morceau long est systématiquement synonyme de qualité, je n'avais pas aimé 'In The Presence Of Enemies', mais concernant 'le comte de Toscane', cette règle bancale s'applique. C'est un "Epic-Song"dans toute sa magnificence, malgré les structures métriques un peu trop explicitement empruntées à Rush, c'est une belle œuvre de Rock-Progressif. Notez la nuance. C'est une sorte de Learning To Live rallongé mais en l'ayant volontairement élaguer de ses multiples parties changeantes, de sorte que l'on trouve une linéarité jouissive. S'il y a vraiment un morceaux qui possède une âme sur cet album, c'est celui-là.
Conclusion: Cet album est une déception, mais personnellement, ça ne m'étonne qu'à moitié. Dream Theater stagne - si ce n'est pour dire régressé - et ne propose plus rien. Comme s'ils refusaient même d'innover, comme si cela ne faisait plus parti de leur façon de voir la musique. Dream Theater est devenu un stéréotype de la scène Progressive, et c'est cela qui m'irrite car ce n'est pas ce que je recherche.
Note: 11/20
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Catégorie Chroniques Discographiques
Voïvod - Dimension Hatröss
Artiste: Voïvod
Album: Dimension Hatröss
Année de sortie: 1988
Durée: 41:25
Tracklist:
... Prolog ...
1. Experiment (6:10)
2. Tribal Convictions (4:52)
3. Chaosmöngers (4:39)
4. Technocratic Manipulators (4:35)
... Epilog ...
5. Macrosolutions To Megaproblems (5:33)
6. Brain Scan (5:08)
7. Psychic Vacuum (3:49)
8. Cosmic Drama (4:54)
9. Batman* (1:45)
*Reprise de Neal Hefti
Line-Up:
Denis 'Snake' Belanger: Chant & Voix
Denis 'Piggy' D'Amour: Guitares
Jean-Yves 'Blacky' Thériault: Basse
Michel 'Away' Langevin: Batterie, Artwork & Concept
Chronique:
Voïvod avec cet album s'affirme de plus en plus, et opte pour une musicalité, qui, progressivement, n'aura plus grand chose à voir avec les plus endiablés et rugueux rugissements de 'Rrröööaaarrr'. Même si le son du groupe n'a aucunement perdu de sa hargne salvatrice, le groupe manie avec beaucoup plus d'intelligence ses influences. Voïvod a tout bonnement mûri! Car en dehors de tous les éléments plus techniques déployés par nos instrumentistes parfois douteux, le décor est inévitablement moins Thrash mais non moins inquiétant. Comme nous le montre le riff principal du titre d'ouverture, 'Prologue - Experiment' qui se démarque clairement d'un Killing Technology avec des signatures rythmiques changeantes, structures typiques d'une démarche indiscutablement plus 'Prog'. 'Tribal Convictions', comme la première partie de son nom l'indique, sonne comme une sorte de rituel chamanique perdu au loin quelque part sur un îlot de la désolation des êtres bannis. Les déferlements de toms de Away sont accompagnés par la basse monocorde et néosphérique de Blacky, précédant un riff tranchant et suspicieux de Piggy. Snake y ajoute sa touche vocale atonale au contenu et participe ouvertement à cette ode au désarroi. C'est un de leurs plus gros classiques en concert. Mais malgré le fait qu'on ai affaire à un concept album, les ambiances sont assez distinctes entre chaque titre (et qui en fait un album assez simple à chroniquer), qui confirme explicitement le fait que le son du groupe s'est assagi et se trouve beaucoup plus réfléchi. Killing Technology était excellent dans son genre, mais possédait quelques (rares) faiblesses à ce niveau. Dimension Hatröss a également des faiblesses, mais réparties de façon clairement différentes. Dimension Hatröss est en quelque sorte le 'prototype' de Nothingface qui sortira un an plus tard alors que Killing Technology était "l'aboutissement" majestueux du gros Thrash du milieu des années 1980 dont le 'War And Pain' et le 'Rrrrööööaaaarrrr' en étaient les brouillons. Le changement radical entre les 2 albums renforce cette impression.
Passé le 'Experiment' aride et le nébuleux 'Tribal Convictions', c'est au torturé 'Chaösmongers' de suivre la route. C'est un titre qui se démarque par ses dissonances poussées jusqu'à son paroxysme, titre assez peu abordable, avec un pont hallucinant où les 2 parties de guitares s'entremêle dans une sorte de chaos absurde ... Ça en dégouline de rouille spectrale ... 'Technocratic Manipulators' (Putain ce nom!) débute sur un grondement furtif de la basse et déferle sur une sorte de rythmique Punk dont Voïvod n'en a jamais renier les origines. Là on a affaire à du pur Thrash! Oh Fucking Yeah! Mais beaucoup plus épuré que celui que l'on trouvait sur Killing Technology. Ça déboîte, ça démonte, et c'est terriblement bon. Tout comme le refrain sonnant comme une horde de jeunes hardeux hurlant leur joie dans un hangar désaffecté. Et fait assez étonnant, c'est un titre plutôt 'joyeux' où les dissonances - propre au son du groupe - sont assez peu déployées. Le final (entrecoupé par un pont astucieux) est d'une hargne que je n'avais jamais vu auparavant chez Voïvod, mais c'est de la hargne optimiste! ... Optimiste ... Optimiste? Cela aurait été trop beau! Et c'est également ça qui est géniale et extrêmement bien pensé, c'est que - toujours en gardant le même thème/riff - cela se dégrade progressivement vers une sensation beaucoup moins sereine ... Comme si vous hurliez votre joie et que votre visage dégoulinerait de votre chair et de votre peau et que vous continuez à hurler cette joie, malgré la pourriture qui vous envahie ... Il n'y a pas de place pour la sérénité à Morgöth ...
La première face fût riche et excellente, nous pouvons maintenant attaquer la 2ème qui le sera tout autant. 'Macrosolutions to Megaproblems', comme son Kafkaïen nom l'indique est un puits à problèmes d'une échelle cosmique qu'il faudrait résoudre à l'aide d'un dé à coudre ... C'est un titre extrêmement déstructuré, prémices de l'univers de Nothingface démarrant sur un thème non dénué de trouble se faisant croissant, coupés par d'étranges déploiements guitaristiques (volontairement?) bancals, cassant étonnamment le rythme de l'œuvre. On n'y comprend rien mais on s'imagine que le guerrier Voïvod n'est pas en train de jouer aux cartes, il souffre comme se trouvant confronté à plusieurs attraits non désirables de sa personnalité. C'est un peu un titre comparable à 'Technocratics' dans le sens où il est extrêmement percussif, et possédant un refrain à faire choir Korgüll d'une partie de ses pouvoirs mécaniques. Ô combien déstructuré et maladroit, le morceau se termine (du moins c'est ce que l'on croit!) sur d'étranges phrasés vocaux faisant l'incantation sonore de ce titre évoquant l'impossible. Qui est suivi par 'Brain Scan'. Brain Scan, c'est THE Riff! Un riff puissant, synthétique dont on n'a aucun mal à apercevoir la fumée vaseuse et détestable s'élever dans des airs sombres et asymétriques d'une noirceur au goût amer de la rouille. Un peu comme le titre précédent, c'est un morceau qui fait beaucoup penser à Nothingface dans l'approche, c'est une véritable traversée des différentes parties et fonctions cervicales. elle est furtive, brutale et on aurait aimer qu'elle fût inexistante. Le guerrier meurtri de Morgöth sombre dans une inextricable folie tandis que Piggy nous assène d'un solo de guitare poreux suivi d'une brève partie instrumentale mordant les contours acides de l'acier.
Cela fait trois gros paragraphes que je vous assène de termes complexes à tenter de vous décrire ces pépites nucléaires, mais il n'en ai rien à côté de ce pure OVNI qu'est 'Psychic Vacuum'. La rythmique mise en marche, on ne comprend déjà rien. Précédé par un déferlement de monticules de sons criards dans un format 'free', le riff principal est extrêmement furtif, s'envole dans les airs aux contours stridents et inutiles pour retomber aussitôt mordre la poussière ocre, comme si nos valeureux guerriers étaient condamnés à errer sur une portion de temps extrêmement courte se répétant jusqu'à l'éternité, comme la transmutation réelle du blocage d'un CD. Seul Snake parvient à s'échapper et à raconter non sans séquelles le récit auquel il a été confronté tandis que ses amis restent bloqués dans un univers où temps et espace se sont intimement réduits proche de l'état du néant, sans se soucier de la rythmique de cette étrange vision psychédélique. La 2ème partie du morceau tangue vers un ambiant sinueux où règne le chaos stellaire. Passés ces émotions industrielles et opaques, le groupe boucle la fin de son chapitre rocambolesque posant un style indéfini avec 'Cosmic Drama', peut-être un peu plus atmosphérique que les autres, il n'en demeure pas moins torturé, mais pour un titre achevant son récit atrophiant, on aurait pu s'attendre à quelque de chose de plus majestueusement corrosif. Cela n'empêche qu'il possède un refrain se rangeant dans cette ultime catégorie (With my psychic power, Imploring the quasar! sonnant comme des caricatures de robots destructeurs de série B) , mais malgré ceci, la fin paraît bâclée, un peu inachevée. Même si l'histoire se termine, ce n'est pas le dernier titre. Un cover de Neal Hefti, 'Batman' dont tout le monde se serait bien passée figure en dernier sur la liste.
Les mages de la déstructuration atemporelle et effritée d'effigies rubigineuses ont frappés et laissent derrière eux une nouvelle ère dans la dimension de Morgöth, une petite démonstration d'avant-gardise sous d'incommensurables bâtisses thermiques, venu d'un genre que je catégoriserai de 'Cyber-Prog', Voïvod s'affirme, Voïvod trouve son style, son univers, Voïvod peut être fier de lui, Nothingface arrive et le constat va être encore plus violent en cette matière.
Note: 16/20
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Catégorie Chroniques Discographiques
Caravan - In The Land Of Grey And Pink
Artiste: Caravan
Album: In The Land Of Grey And Pink
Année de sortie: 1971
Durée: 43:23
Tracklist:
1. Golf Girl (5:05)
2. Winter Wine (7:36)
3. Love To Love You (And Tonight Pigs Will Fly) (3:04)
4. In The Land Of Grey And Pink (5:00)
5. Nine Feet Underground: Nigel Blows A Tune / Love's A Friend / Make It 76 / Dance Of The Seven Paper Hankies / Hold Grandad By The Nose / Honest I Did! / Disassociation / 100% Proof (22:43)
Line-Up:
Pye Hastings: Guitares & Chant
Dave Sinclair: Orgue Hammond, Piano & Mellotron
Richard Sinclair: Guitare Basse, Guitare Acoustique & Chant
Richard Coughlan: Batterie
+ (musiciens additionnels)
Jimmy Hastings: Piccolo (1), Flûte (3 & 5), Saxophone (5)
Paul Beecham: Trombone (1)
David Grinstead: Canon, Cloche et Vent (5)
Chronique:
Après des jours de réflexion et de débat intérieur pour savoir quel album j'allais maintenant chroniquer, mon choix s'est finalement porté sur la 'soi-disante' œuvre la plus aboutie de Caravan, 'In The Land Of Grey And Pink' (vous remarquerez déjà que ma remarque est légèrement péjorative).
Avant de démarrer ma chronique, j'aimerai vous faire savoir que je ne connais QUE cet album. Donc, l'avis que vais vous donner n'est le fruit que d'une bonne dizaine d'écoute sans prendre compte quel que ce soit des autres œuvres des musiciens de Caravan, je ne me focaliserai que sur cet album et que ce qu'il en dégage en faisant littéralement abstraction du reste.
Caravan, j'en avais pourtant entendu que du bien. Après les divers éloges que j'avais lu sur différents articles, je décidais de me procurer (de façon illégale il est vrai) cet album phare de 1971 et je m'attendais musicalement à quelque chose de très profond et de très élaboré proche d'un mélange de Camel et de Soft Machine, autres groupes Canterburiens de renom (d'ailleurs, les frères Sinclair ont joués dans Camel vers la fin des années 1970). Et je fus profondément déçu. Les morceaux sont affligeants de banalité. Les suites d'accords de 'Winter Wine' sonnent trop peu crédibles à mon goût. C'est également encore plus flagrant de facilité sur le titre éponyme, flasque et soporifique au possible. Sur cette galette, on ne sait pas si l'on a affaire à une œuvre d'une haute maturité ou d'un premier essai douteux d'un nouveau groupe néophyte en la matière. Car malgré l'absence d'innovation, l'album est extrêmement fluide et très bien produit, ce qui peut émettre un certain doute entre ces deux hypothèses
Alors peut-être que je n'ai pas compris ce que voulaient véhiculer le groupe à travers cette ambiance qui pour moi n'en est justement pas une, peut-être cette musique ne m'a tout simplement pas touchée et que cette sonorité n'est pas faite pour moi, mais je ressens beaucoup d'ennui dans la globalité de ce disque. Et une dizaine d'écoutes, c'est largement suffisant pour 's'approprier' une œuvre de Rock-Progressif. Pourtant, je ne peux pas dire que ce soit à cause des instruments et des sonorités utilisées, car les mêmes sons rugueux et âpres sont employés dans un des groupes dont j'éprouve beaucoup de plaisir à l'écoute, National Health. Le seul réel intérêt, est à mettre au crédit de la dernière plage, également la plus longue: 'Nine Feet Underground' qui est une suite d'improvisations extrêmement bien exécutées par les différents techniciens sous de puissants accords subtils. mais en delà de ça, c'est également la plus vivante! Vivacité qui fait extrêmement défaut à un titre comme 'Golf Girl'! Mais en dehors de l'absence concrète d'atmosphère et de pêche, la voix de Richard Sinclair n'aide en rien en sa faveur. Elle se fait extrêmement effacée, comme s'il refusait de chanter, comme s'il refusait d'élever la voix. Ce qui en fait quelque chose de très approximatif et de désagréable. Une voix plus puissante complétée par des chœurs aurait donné une dimension diamétralement opposée à la couleur au contenu.
Ce qui sauve également cet album sont les différentes improvisations des protagonistes et surtout de leur insolent talent technique respectif. Et c'est cela qui est extrêmement paradoxal, car les musiciens sont indiscutablement excellents (L'école de Canterbury étant très réputée), mais ils nous proposent une musique plate et fade, loin, très loin de ce que je m'imaginais. Et le contenu général est surtout beaucoup moins Jazz de ce que je m'attendais, beaucoup moins Jazz de la définition que je me faisais du Jazz-Rock! Ici, c'est une façon plus sobre et plus naïve d'interprétation de ce genre ambigu, c'est du jazz dans la forme mais dans le fond - et je suis navré d'avoir à employer ce terme - c'est de la pop! Les 4 premiers morceaux auraient pu faire un excellent single! Ce qui constitue tout de même 4/5 de l'album!
Conclusion: L'album est à l'image du titre et de l'artwork, gris pour l'un, rose pour l'autre. Gris, car le gris est synonyme de neutralité, de monotonie et d'absence d'épanouissement et le rose est synonyme de naïveté et de simplicité. Alors certes, vu de ce point, c'est une réelle réussite conceptuelle, mais sur le point de vue musical, les p'tits gars de Canterbury ne m'ont pas éveillé un soupçon d'optimisme ... Peut-être que la découverte de leurs autres sorties discographiques me feront taire, je l'espère ...
Note: 11/20
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Catégorie Chroniques Discographiques
Hawkwind - Warrior On The Edge Of Time
Artiste: Hawkwind
Album: Warrior On The Edge Of Time
Année de sortie: 1975
Durée: 44:42
Tracklist:
1. Assault & Battery, Part I (5:36)
2. The Golden Void, Part II (4:37)
3. The Wizard Blew His Horn (1:57)
4. Opa-Loka (5:12)
5. The Demented Man (3:57)
6. Magnu (8:22)
7. Standing At The Edge (2:40)
8. Spiral Galaxy 28948 (3:46)
9. Warriors (1:58)
10. Dying Seas (3:05)
11. Kings Of Speed (3:32)
12. Motorhead (3:02)*
*(CD Bonus Track)
Line-Up:
Dave Brock: Guitares, Claviers et Chant
Michael Moorcock: Voix (Tracks 3 & 9)
Nik Turner: Saxophone, Flûte, Chant (Tracks 7 & 10)
Lemmy (Ian Kilmister): Guitare Basse, Chant (Track 12)
Simon House: Violon, Claviers
Simon King: Batterie
Alan Powell: Batterie
Chronique:
Sur cet album, Hawkwind revient à quelque chose de plus progressif, mais sans pour autant faire abstraction de son son métronomique (ressemblant assez fortement aux plus influents groupes de Krautrock) qui a fait son succès jusque-là. Sauf que contrairement à 'Hall Of The Mountain Grill' sorti un an plus tôt, cet album possède une bien meilleure cohérence. Et sur cet album, il y a une ambiance! comme si les sons employés étaient inspirés de toutes les oeuvres de science-fiction de l'époque, Michael Moorcock en tête de file. C'est frais, aérien et très coloré. Sauf que Hawkwind n'est pas taillé à titiller dans la complexité structurelle du Rock-Progressif, Hawkwind est avant tout un ardent défenseur cosmique du cosmos, breveteur de sons et de sensations, dans un but d'amener l'auditeur en transe lumineuse gavée en psychotropes.
Choeurs majestueux et emprunt de profondeur sur 'Assault & Battery', sensation de toucher l'innaccessible et l'inexploré sur 'The Golden Void', fraîcheur tellurique et forte en émotions sur 'The Demented Man', mixage sonore hallucinogène underground sur 'Dying Seas' et Hard-Rock sous vieille ringardise des sixties sur 'Kings Of Speed'.
Dave Brock est un créateur de rythmiques acerbes et dynamiques, mais n'est pas un grand technicien de la 6 cordes. Son chant se fait puissant mais homogène, retranscrivant avec brio la nature inconnue de l'inconnu, porte-parole d'une cause perdue. Nik Turner tâtonne ses instruments à vent avec beaucoup d'intensité, et possède selon moi la voix la plus adaptée à l'univers du groupe, (notamment sur sa composition 'Dying Seas') cette voix saugrenue et indéfinissable est malheureusement bien trop peu exploitée. Simon House est en partie l'instigateur de cette mouvance progressive depuis 'Hall Of The Mountain Grill' et de l'ambiance de cet album. Del Dettmar et Dik Mik partis vers de nouveaux horizons, le claviériste de David Bowie s'octroye à lui seul les claviers quand le moustachu Brock s'occupe de sa guitare. Il déambule tout son panel de sonorités sur sa composition 'Spiral Galaxy 28948' sous une rythmique très entraînante et très gracieuse, une des réussites de cet album. Les deux batteurs Simon King et Alan Powell proposent un jeu accompagnant la rythmique de Brock: simple, couplé de breaks de toms efficaces, sans chercher spécifiquement la subtilité. Les deux sont d'ailleurs assez difficiles à discerner et c'est d'ailleurs l'un des rares albums où deux batteurs y figurent en même temps.
Et notre Lemmy dans tout ça? Comme à son habitude, rythmiques catchy et percussives, sans présenter de réelle identité dans son approche de la basse, un son typique de la plupart des bassistes 'de base' de 'Prog-Spaceux' des années '70.
Et pour la première fois depuis 'Space Ritual', le groupe nous propose de nouvelles interludes ambiantes à mouvance apocalyptique, interrompue par quelques violents coups de cymbales et d'inquiétants sonnets déployés par la voix monocorde de Michael Moorcock, auteur de science-fiction et ami du groupe. 'The Wizard Blew His Horn', 'Standing At The Edge' et 'Warriors' sont de ceux-là. Je trouve ces ponts atmopshériques dans l'ensemble très réussis et se fondant sans aucun complexe dans la nature de l'album, même si ces expérimentations peuvent rebuter les plus tenaces conservateurs de rythmiques carrées et efficaces.
Ceci dis, malgré les éloges que je viens de faire, l'album n'a pas été très bien reçu par les fans les plus extrêmes du combo-britannique, trouvant qu'ils renient de plus en plus le côté 'trance' des premiers albums en se tentant à un Progressisme dans leur musique qui ne leur convient pas. Personnellement, c'est cet Hawkwind là qui me plaît, pour moi, ils ont habilement fusionné ces deux genres donnant la couleur si spécifique à cet album. Certes, 'In Search Of Space' (1971) était certes plus psychédélique, mais proposait peu d'intérêt sur le plan de la structure et mélodique. Alors que l'avantage de 'Warrior On The Edge Of Time', c'est que l'on peut planner en étant totalement sobre, et c'est pour moi un signe de grande réussite. Les fans d'Hawkwind ne sont pas tous des 'prodés' en puissance.
Note: 17/20
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Catégorie Chroniques Discographiques
Yes - Going For The One
Artiste: Yes
Album: Going For The One
Année de sortie: 1977
Durée: 38:17
1. Going For The One (5:36)
2. Turn Of The Century (7:43)
3. Parallels (6:11)
4. Wonderous Stories (3:52)
5. Awaken (15:35)
Line-Up:
Jon Anderson: Chants, Percussions & Harpe
Chris Squire: Guitare Basse & Chant
Steve Howe: Guitares Électriques & Acoustiques, Vachalia, Lap Steel Guitar & Chant
Rick Wakeman: Piano, Organ, Synthétiseurs Polymoog et Minimoog & Pipe Organ
Alan White: Batterie & Percussions
Chronique:
Voyez-vous ... Je cherchais un nouvel album à chroniquer ... Et j'ai remarqué que je n'avais pas encore chroniqué un seul album de Yes, qui, pourtant, est un de mes groupes auquel je voue une admiration sans bornes ... Damnation! Me suis dis-je!
Et depuis quelque temps, je me suis remis en tête le très controversé "Going For The One", sorti après une pause d'un an et demi et son bouleversant et imprévisible Relayer (En espérant que j'aurais un jour l'audace de m'y pencher ...), sauf que sur cet opus, exit Patrick Moraz qui n'a pas voulu confirmer ses performances rythmées dantesques sur les folles épopées de "The Gates Of Delirium" ... Et qui dit départ d'un claviériste dans Yes dit ... Allez, je suis sûr que vous l'avez ... Mais oui! dit retour de Rick Wakeman bien sûr! L'indispensable Rick Wakeman et ses costumes à paillettes kitschissimes au possible ... Mais malgré cette parenthèse vestimentaire, son retour au sein de la formation sera sûrement l'un des plus importants de sa carrière (si l'on excepte bien entendu, l'apocalyptique "Tormato" , au sens le plus péjoratif du terme, sorti l'année d'après).
L'album démarre d'une manière relativement atypique dans une sorte de Rock'n'Roll pêchu et complexe agrémenté de virevoltées à la Slide Guitar que Steve Howe n'a pu se débarrasser sur des mélopées astucieusement catchy de Jon Anderson ... C'est carré, c'est efficace, mais c'est subtil, à un tel point qu'on ne peut s'empêcher d'accompagner le chanteur dans ses courtes rimes ayant pour unique but de palpiter les tympans du néophyte de base ... Vous l'aurez compris, Going For The One aurait fait un très bon single ... Mais malgré cet aspect simpliste que je mentionnais ci-dessus, il propose une certaine complexité "cachée" et une richesse symphonique propre au son de Yes que l'on ne peut absorber à la première écoute, plus concentrés sur les sonorités "prioritaires" de l'œuvre mais que l'on découvre à travers des écoutes répétées et de sentiments divers nous envahissants ... Et c'est là que l'on ressent directement l'apport de Rick Wakeman (malgré qu'il ne soit crédité sur aucun titre), muni d'un son plus chétif, vaporeux et cristallin sans tomber dans la niaiserie qui ornera la majeure partie de "Tormato". On n'aurait d'ailleurs difficilement pu imaginer la collaboration de Patrick Moraz sur cet album, même s'il fût -d'après ses dires-, l'instigateur de la structure de "Awaken".
C'est également sur cet album que Alan White "simplifiera" son jeu à notre grande déception ... Qui propose quelque chose de plus carré et qui perd en subtilité ... Ce qui n'empêche que Chris Squire n'a en rien perdu dans ce domaine, ce qui fait que l'association "Squire-White" est au plus haut de sa forme ...
Turn Of The Century est un morceau qui à lui seul prouve que Yes n'est pas encore mort et enterré ... Ce titre, qui se situe surtout entre un duo lyrique "Howe-Anderson", l'un fait chanter sa guitare à en faire vibrer les glandes lacrimales, et l'autre apporte la lévitation instantanée du corps et de l'âme ... Ces 2 zozos constituent même l'essence mélodique de Yes ... Turn Of The Century possède également une montée en puissante mais presque dénuée de rythmiques ... D'ailleurs, je crois n'avoir jamais pu comprendre la structure ... C'est un de mes morceaux préférés du groupe avec Ritual, The Gates Of Delirium et Into The Lens (Vous vous y attendiez pas à celui-là! J'en suis sûr! XD)
Fait étonnant; Alan White est crédité sur ce morceau alors que la batterie est quasi inexistente, un morceau presque dénué de rythmique ... Et je me suis toujours demandé sur quelle partie il a pu contribuer ...
"Parallels" est un morceau uniquement écrit par Chris Squire, une première au sein de la formation ... Mais malheureusement, malgré son aspect "pulsif" et rentre dedans, en fait le morceau le moins abouti de l'album ... Cela n'empêche que je prends beaucoup de plaisir à l'écouter. Disons, que c'est un morceau avec une structure ... basique ... Et c'est peut-être cela qui gêne à son écoute;
Mais, malgré tout, la forme la plus intéressante se trouve sur le thème de fin où 3 voix se superposent étonnamment digne des plus grands arrangements vocaux de Gentle Giant ... On arrive même à reconnaître le chant pathétique et aléatoire de Steve Howe ... Un titre qui est excellent en ouverture par contre! Comme nous pouvons l'écouter dans le sublime mais inégal "Yesshows".
"Wonderous Stories" est le genre de morceaux auquel vous portez relativement peu d'attention quand vous découvrez le disque ... (On pourrait mentionner le fait qu'elle ne dure que 3 minutes, mais cette hypothèse ne tient pas debout car Long Distance Runaround faisait également 3 minutes ...) Ballade simpliste dans le pur style lyrique de Jon Anderson ... La structure n'est pas révolutionnaire ... Mais après moult analyses auditives de ce morceau, il s'avère en fait être une œuvre toute emprunte de sensibilité où les duels vocaux de ce dernier et Chris Squire se marient sans tomber dans l'excès de niaiserie ... Juste une très belle chanson dans sa forme la plus primaire ... Une courte et belle réussite que sont ces "histoires merveilleuses" ...
Et là, voyez-vous ... Mon esprit se rétracte et une certaine peur emprunte de doute m'envahit ... Car après ces épopées relativement courtes, comme tout bon album de prog' qui se respecte, nous avons droit à une ou plusieurs longues plages ... Mais l'année oblige et ses formats à double face (1977), nous nous contenterons que d'une ... "Awaken" ... Reveillé ... Et paradoxalement, l'ambiance de cette dernière aurait plutôt à nous faire l'effet contraire tant l'atmosphère y est céleste et curieuse ...
"High Vibration Go On" ... Quatre mots naïfs et innocents, déployés du fond des tripes de Jon Anderson, telle les "vibrations de l'âme" ... C'est une montée, une étrange et douce montée accentuée de lignes vocales dirigées comme de vrais instruments à part ... C'est aussi sur ce morceau que Steve Howe propose l'un de ses solos les plus rapides toujours dans son style "écorché", mais étonnant que cela puisse être, cela ne sonne absolument pas comme du remplissage tel il est complété par les complexités musicales de ses compères Yesseux ...
L'intro de Awaken est l'un des intros les plus intéressantes que le groupe a pu pondre, surtout sur le plan rythmique et musical ... Car même si cela se ressent peu à l'écoute, Rick Wakeman nous pont une partie de piano sur une structure à 27/32 ... Chose relativement rare quel que soit le style musical déployé ... Mais le concept, vous verrez, est très intéressant ...
Car sur le pont de la chanson, un peu à la manière d'un Close To The Edge, Rick Wakeman, toujours lui, propose une suite de mini solis d'orgue presque dénués de sens rythmique ... Du fait qu'il est extrêmement ardu de chanter cette partie en même temps tellement les noirs ont été divisées ... Ce qui rajoute le brin de complexité caricatural opté en général par les musiciens de Rock Progressif ... Mais Caricatural ou pas, on en redemande ...
Mais Awaken est avant tout une œuvre ... "L'ŒUVRE!". Dans toute sa complexité et sa magie ... Ardu représentant du Rock Symphonique tant ses structures sont semblables à celle de la musique classique. Ce n'est d'ailleurs pas étonnant quand on sait que c'est un des morceaux favoris de Jon Anderson, qui là, exploite à fond son potentiel émotionnel ...
Un album lisse, d'une pureté incroyable, incarnant l'espoir de la vie, et écartant toute idéologie mauvaise ... Telle est la sensation que l'on reçoit directement à l'écoute de ce disque ...
Note: 17,5/20
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Catégorie Chroniques Discographiques
Tangerine Dream - Stratosfear
Artiste: Tangerine Dream
Album: Stratosfear
Année de sortie: 1976
Durée: 35:23
1. Stratosfear (10:38)
2. The Big Sleep In Search Of Hades (4:34)
3. 3 A.M. At The Border Of The Marsh From Okefenokee (8:51)
4. Invisible Limits (11:36)
Line-Up:
Christopher Franke: Synthétiseur Moog, Organ, Percussions, Loop Mellotron, Harpsichord
Edgar Froese: Mellotron, Synthétiseur Moog, Guitares 6 & 12 Cordes, Grand Piano, Guitare Basse, Mouth Organ
Peter Baumann: Synthétiseur Moog, Project Electronic Rhythm Computer, Fender E-Piano, Mellotron
Chronique:
Stratosfear est un album transitoire dans la discographie de Tangerine Dream ... Il associe chaleur ... La cristallisation et le noir spatial que Zeit ou Phaedra retranscrivais à merveille ... C'est également le début d'albums beaucoup plus accessibles pour les néophytes dans le genre et une nouvelle ère dans le monde de la Musique Électronique.
Sur Stratosfear, nous avons atterris sur un monde encore plus lointain que Phaedra ... Comme si nous avions découvert une nouvelle planète semblable à la notre ... Mais toute emprunte de chaos et de désolation ... Une sorte de mélancolie fataliste que l'on imprègne à plein poumons ... C'est la fin ... Mais c'est beau ... Stratosfear sonne comme un épilogue contre-utopique majeure mais heureux et satisfaisant ... Comme si nous attendions avec une sérénité innébranlable, purement et simplement la fin du monde ...
C'est aussi l'un des albums les plus déstructurés de Tangerine Dream ... Mais étonnamment l'un des plus mélodiques, et cette mélodie comble cette déstructuration qui reste "transparente" aux yeux de l'ambiance de ce disque ... comme nous montre les très nombreux passages flutés de Peter Baumann ... Comme s'il voulaient capter les ambiances spatiales de Phaedra en ajoutant une touche plus chaleureuse et plus prévisible à leur musique ... Ces longues plaintes à l'Harmonica sur (attention, titre à la con en vue) "3 A.M. at the border of marsh from okefenokee" (Je ne vous cache pas que j'ai du zieuter mon livret pour pondre cette étrangeté littéraire XD) accentué par ces nappes de claviers apocalyptiques qui représente pour moi le plus gros de l'album en terme de sensations.
Stratosfear fait également parti du cercle très fermé des albums que nous ne pouvont comprendre ou percevoir ... Une ambiance. Un lieu. On ne sait pas ... C'est comme quand vous lisez un bouquin et que vous êtes dans l'incapacité de schématiser, de visualiser les lieux décrits devant la complexité voulue ou non de l'oeuvre malgré un acharnement intensif de votre esprit ... Cette même sensation domine à l'écoute de ce disque ...
Et un des changements de cet album est que ces morceaux, qu'on le veuille ou non, forment une sorte de "schéma", ce qui fait que l'auditeur pourra plus s'y retrouver que sur des albums beaucoup plus cahotiques et incohérents comme "Zeit". (Qui est excellent au passage, dans un registre radicalement opposé, certes, mais excellent ...)
"The Big Sleep In Search Of Hades" représente magnifiquement les contrastes qui opèrent tout au long de ce disque ... Introduction qui étonne par sa magnificence étonnamment modeste sonnant comme le début d'une sorte de voyage sphérique tout en ayant conscience de l'issue finale ... Ces périodes de turbulence accentuées de cristallisations sonores optimistes qui paraissent bien trop fausses telles absorbées par un chaos trop puissant pour qu'elles puissent se manifester ... Ce chaos qui gagne en ampleur ... Et que de doutes viennent renforcer cet état d'esprit ... Assez étrangement que cela puisse paraître, les ambiances ne sont pas si différents de ces prédécesseurs, c'est que là, TD les a toutes intelligemment rassemblées pour donner cet ovni musical, frustrant mais mielleux ... Mielleux et coloré ... C'est un rouge sombre, un rouge d'une agressivité astronomique qui domine cette atmosphère lointaine, à l'image de cette pochette qui ne l'est pas moins et qui prédomine cette sensation de "voyage vers l'infini"... Et d'ailleurs ... Stratosfear ... Si on le découpe littéralement, cela donne Stratofear = Stratosphere = Strato + Fear. Donc, la peur de devoir décoller de cette couche terrestre qui est rattaché à tous nos souvenirs de notre petite vie banale d'humain pour se tenter à un voyage semer d'embûches interstellaires, et qui, malgré sa magie hypnotisante, reste totalement imprévisible ...
"3. A.M. At The Border Of Marsh From Okefenokee" ... Est un morceau glauque ... Ces funestes gouttes reluisantes d'un pur macabre sonne le glas pour ceux qui auraient tenter le voyage un peu trop loin, qui, la faute d'avoir emprunté un chemin d'accès trop facile ou une idée trop préconçue sans avoir pris la peine de procéder par plans précis ... Notre voyageur se retrouve coincé mais tente d'en échapper comme nous le démontre ses marches rythmiques sonnant comme la fin d'une ère ... Mais c'est le chaos, une nouvelle fois, qui, à l'instar de Eiki' dans le bar de Georges, quelles que soient les faits et gestes, reste maître de sa catégorie en accompagnant toute forme de vie vers une totale désintégration accentué par cet harmonica maudit, prémice d'une future marche funèbre ...
"Invisible Limits" se démarque remarquablement des autres par un certain esprit d'optimisme non négligeable ... Une sorte de marche universelle vers un but commun ... C'est la fin du voyage ... L'étape finale en quelque sorte ... La vérité n'est plus très loin ... Cette guitare ... Oui! C'est une guitare! Un solo de guitare! (même si, avouons-le, il n'est pas très varié ...) Qui nous ramène petit à petit à un univers familier que nous avions quittés il y a tout juste 25 minutes ... Nous pouvons souffler, Nous avons atteins notre but! Le rythme s'intensifie avec ce clavier mielleux qui nous submerge de joie et d'émotion sous un thème bien précis qui renforce cette impression d'un contact connu d'autrefois ... Cette marche optimiste se conclut par une partie pianotée nous ramenant avec un certain sentiment de soulageant intensif après avoir fait un rêve particulièrement peu banal ...
Un rêve ... Ce genre de rêves inexplicables mais emprunt d'une beauté surnaturelle au réveil ... Tel est cet état qui prédomine à l'écoute de ce disque ...
Note: 16/20
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Catégorie Chroniques Discographiques
Threshold - Subsurface
Album: Subsurface
Année de sortie: 2004
Durée: 62:54 (Bonus Track inclus)

1. Mission Profile (8:15)
2. Ground Control (7:13)
3. Opium (6:48)
4. Stop Dead (4:21)
5. The Art Of Reason (10:20)
6. Pressure (5:17)
7. Flags & Footprints (4:54)
8. Static (5:07)
9. The Destruction Of Words (6:14)
10. What About Me [Bonus Track] (4:21)
Line-Up:
Andrew 'Mac' McDermott: Chant
Karl Groom: Guitare Rythmique & Guitare Solo
Nick Midson: Guitare Rythmique & Guitare Solo
Richard West: Claviers & Paroles
Steve Anderson: Basse
Johanne James: Batterie
Chronique:
Les albums comme Subsurface sont très étranges ... Car on ne sait absolument pas comment l'aborder ... Si on doit le détester ou l'aduler ... Est-ce une oeuvre majeure du groupe ou un autre album un peu trop mainstream typé Prog'? Car mon opinion sur cet album subit un perpétuel changement ...
-Un petit Flashback s'impose ...-
Septembre 2004, jeune fougueux et musicalement naïf que j'étais, j'assiste à mon tout premier concert Metal assisté d'un ami qui me fit découvrir ce monde merveilleux ... Et ce groupe en question, c'était Threshold. Mais Threshold était un groupe que je connaissais déjà avec la fabuleuse découverte du "Critical Energy" dont je vouais un culte sans précédent ... Le concert se passa dans une salle particulièrement exigüe du 20ème arrondissement, La Maroquinerie (très agréable ceci dis), Threshold s'exécute magnifiquement, malgré un set un peu court ...
Et sous l'émotion du dépucelage de concert Métal, je ne trouvais aucun défaut au groupe ce soir là, j'étais somme toute émerveillé de m'être rangé dans ce doux monde fabuleux plus ou moins écervelé de chevelus et barbus grognards ... Et c'est à ce fameux concert que j'acquiers mon tout premier Threshold ... Et c'est justement de cet album - et également en particulier le style du groupe - dont je vais faire mention ici
-Fin du Flashback nécessaire au bon déroulement de cette chronique-
Après une intro façon "Passage cosmique dans un vortex virtuel", Threshold pose son ambiance via les premiers sons qui sortent de ce disque ... Contrairement à son prédécesseur "Critical Mass" l'atmopshère opère ici en étant particulièrement froide mais garde ce côté suave à travers des compositions qui se veulent complexes sans l'être autant ... Threshold jouit d'une excellente popularité dans ce domaine ... Mais, avouons-le, Threshold possède de nombreux défauts musicaux dont je vais vous en faire part d'après le point de vue d'un progueux de base ayant fait une indigestion structurelle de Yes et de King Crimson ...
Le son Threshold (mis à part ses arrangements claviers qui lui donnent une petite touche synthétique féérique), surtout concernant le son des guitares, n'a absolument rien de révolutionnaire ... Son gras, gros accords, Riffs se répétant pour placer un duo le sempiternel solo claviers-guitare ... Vous l'aurez compris, au niveau de la structure, Threshold n'est pas un des plus novateurs dans ce domaine ... De plus, les solos (exécutés pour la plupart par Karl Groom) sonnent extrêmement "faciles" et beaucoup trop prévisibles, malgré une propreté irréprochable dans l'exécution, ce n'est pas dans ce domaine là que l'auditeur pourra trouver quelque jouissance auditive ... Et éprouvera même un certain énervement à travers ces plans préconçus ...
Les solos de claviers, certes mieux développés et plus recherchés ne cassent pas cette spirale de facilité opté par le groupe ... De plus, Threshold manie assez maladroitement ses influences directes ... Certains breaks se veulent "Dream Theateriens" sans pour autant égaler les expérimentations de ces derniers, surtout que ce genre de breaks inutiles s'installent dans une pensée "il faut qu'on mette un passage un peu plus technique, parce qu'on fait du Métal-Prog!" (le titre "Exposed" de l'album Extinct Instinct est on ne peut plus explicite) que je n'apprécie pas spécialement ... Certains choix un peu trop naïfs à mon goût ... Sur ce, sur des titres particulièrement linéaires, tout ceci reste assez douteux
Mais malgré ses indénombrables défauts (qui pour moi, sont la preuve logique qu'ils restent calfeutrés au second plan dans leur catégorie), Threshold possède des qualités exemplaires que peu de groupes possèdent ...
Ce que l'on trouve se passe au niveau des AMBIANCES! Threshold s'est forgé un style lyrique particulier (ceci dis de moins en moins présents sur les derniers albums) ... Une sorte de lien avec la nature, les expérimentations virtuelles et spatiales qui ornent cette sphère créatrice ... Le principal atout de ce groupe vient des textes ô combien recherchés à caractères écologiques intelligents et emprunt de lyrisme et de beauté ... Transcrits à merveille par la voix un tantinet rauque de 'Mac'.
De plus cet aspect lyrique et écolo', Threshold soigne extrêmement bien son aspect esthétique extérieur à sa musique comme le montre ses pochettes d'albums complexes où l'on prend un malin plaisir à les contempler et à tenter de les comprendre ... Et c'est surtout cet aspect imagé, féérique et l'efficacité de leur musique malgré une approche qui se veut complexe que Threshold est admiré par la critique, comme le montre le nombre d'albums qui ont été connotés "albums du mois" par plusieurs magasines connus dans le domaine où nos anglais officient ...
Après cette brève analyse sur le style controversé du groupe, attardons-nous un peu plus au contenu de cet album.
A l'instar du style musical de Threshold, cet album comporte des hauts et des bas (comme chaque album du groupe ceci dis), que je traduirai par 3 catégories:
- Les titres que l'on pourrait connoté de "pêchu" (Mission Profile, Ground Control, Stop Dead, Static, Pressure)
- Les titres à tendance "symphonique" (Opium, The Art Of Reason, The Destruction Of Words)
- et les titres plus "mielleux" tendance ballades chiantes (Flags & Footprints)
Vous l'aurez compris, pas d'expérimentations complexes et de délires instrumentaux ici, juste un renouvellement intelligent du son du groupe en ciblant une atmosphère bien spécifique (et dans ce cas, c'est plutôt réussi!)
Pour des raisons évidentes et tenter d'éviter le remplissage inutile, je ne vais pas détaillé titre par titre, juste donner un point de vue d'ensemble à l'ensemble qui constitue cette galette ... Car même si la même ambiance est voulue sur chaque titre, ils ont quelques fois un peu de mal à affirmer leur propre identité, et c'est sur ce point où je vais être le plus intransigeant ...
Mission Profile ouvre à merveille l'album ... Intro science-fiction futuriste suivi d'une rythmique à mouvance symphonique qui scotche l'auditeur en moins de deux ... Et c'est également sur ce genre de titre que l'on voit comme il est important d'ouvrir un album avec un titre de qualité, car un des autres défauts de cet album est qu'il paraît un peu trop bâclé sur la fin, de sorte que seuls les 5 premiers titres sont ceux qui se démarquent le plus par leur efficacité et leur originalité ...
Ground Control est un de ses exemples ... Catchy sans tomber dans l'excès de la facilité, il s'inscrit dans la spirale optimiste de Mission Profile en moins "rentre-dedans" ceci dis ... Comporte une descente assez jouissive ...
"Opium" est un titre très intéressant où l'accent symphonique est plus mis en valeur au dépend du côté structurel ... C'est un titre comme Threshold en a fait des tas, et qui n'a aucun mal à se fondre dans la masse ...
"Stop Dead" correspond à lui seul le manque cruel d'inspiration du groupe ... malgré une introduction rythmique très intéressante, la suite est dénué d'intérêt ... Aurait très bien pu figurer en Bonus Track ceci dis ...
"The Art Of Reason" est le coeur central de l'album, bien au niveau de sa durée que de sa puissance musicale qui s'en dégage ... Dans la pure lignée des pièces progressistes du groupe, les claviers portent ce message avec énormément d'ampleur et de prestance, les transmutations vocales sont du plus bel effet ... Quand j'entends ce titre, j'ai l'impression de me trouver face à face avec un temple fantastique d'une cristallisation inquiétante venue d'une dimension impossible devant l'immensité de cet édifice ... Vous m'aurez compris, The Art Of Reason est un titre très solide et intelligent pondu par le combo britannique, l'un des plus agréables moments de ce disque et de leur discographie ... Lorgnant sur les contrastes "grosse sonorités démentielles alliés aux ambiances plus sereines proche du son de groupes de néo-prog des années '80s ... Même si la démarche n'est aucunement révolutionnaire, Threshold y met de son emprunte atmosphérique ce qui donne de quelque chose de particulièrement féérique ...
Le reste de l'album reste pour moi anecdotique, il n'est pas rare que j'éteigne ma chaîne après ce titre lassé de ces rythmiques plates (Pressure), des sortes de ballades kitsch et ses solos contrefaits (Flags & Footprints) ... Ceci dis, "Static" possède un rythme "dansant" malgré ses riffs tranchants que l'on ne retrouve dans aucun titre sur cet album ...
Conclusion: Un album d'une pureté incroyable qui possède d'indénombrables défauts néfastes à une renommé qui, à l'instar de "The Art Of Reason" aurait pu être grande ...
Note: 14/20
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Catégorie Chroniques Discographiques
Voïvod - Killing Technology
Album: Killing Technology
Année de sortie: 1987
Durée: 47:33
1. Killing Technology (7:35)
2. Overreaction (4:46)
3. Tornado (6:05)
4. Too Scared To Scream (4:19)
5. Forgotten In Space (6:13)
6. Ravenous Medicine (4:23)
7. Order Of The Black Guards (4:29)
8. This Is Not An Exercise (6:21)
9. Cockroaches (3:48)
Line-Up:
Denis "Snake" Belanger: Chants & Paroles
Denis "Piggy" D'Amour: Guitares
Jean-Yves "Blacky" Thériault: Basse
Michel "Away" Langevin: Batterie, Artworks & Concepts
Chronique:
Voïvod ... Un groupe jouant les contrastes ... Inaudible pour certains, adulés comme vénérables maîtres cosmiques pour d'autres (qui est mon cas ^^) ... Cet album possède un charme robotique indestructible d'une structure habilement destructrice ...
Je ne vais pas mâcher mes mots: Killing Technology est pour moi au Thrash ce que Close To The Edge est au Rock Progressif ... une monstruosité aliénique que je place comme meilleur album de Thrash au monde ... Et tellement peu connu ... Car ici, rien n'est normal et rien n'est prévisible ... A l'image de cette pochette futuriste qui n'annonce que du chaos interstellaire dans une quête destructrice d'une technologie future ...
Et avec ces quelques mots, vous avez déjà un bref aperçu de la personnalité atypique et de cette froideur spatiale qu'est cet ovni de Killing Technology ...
L'auditeur est intégré dans un chaos généralisé où tous les mondes que nous connaissaons à l'heure actuelle seraient purement transformés en purée nucléaire ... Nous avons affaire ici à du Thrash "Intello" avant-gardiste ... Et c'est un tournant ô combien majeur pour le groupe qui trouvera ici son identité propre à leurs imaginations respectives ...
Les sujets sur cette galette restent plus ou moins les mêmes, les "Fuck Off And Die" en moins et une maturité accrue ... Voïvod nous défèque un album hautement recherché combiné à tout ce que les plus grands écrivains de science-fiction spatiale auraient pu étaler de leur complexité ...
Contrairement à du Tangerine Dream où la menace se fait ressentir sur chaque note d'un ton glacial, ici nous avons dépassés le stade de la menace et c'est la désolation qui règne ici ... Mais il y a un enchantement phénoménal à travers ses distorsions et ses dissonances accablantes ...
Chaque titre et chaque note de cet album vous agresse les tympans avec une hargne rarement égalée ... C'est aussi un album de transition pour Voïvod; car Killing Technology annonce un style qui s'amplifiera de bizarrerie androïde avec les sulfureux Dimension Hatröss et Nothingface (ces noms!) et c'est aussi le dernier album de Thrash de Voïvod ... Combiné les deux donne ... Cette chose ...
La chanson titre démarre tel l'épave d'un vaisseau nébuleux qui referait surface à l'aube d'un chaos cosmique ... Une voix vocodée nous annonce que nous allons passer 50 minutes de déluge inter-galactique: "WE ARE CONNECTED!"
Et là, vous avez une grosse rythmique sourde alternée par une nuée de bourdonnements de toms ... Suivi d'un arrachage planétaire de riff entre calées de notes étouffées prêt à vous faire bouger votre anatomie humaine dans tous les sens, quitte à ce que vous détruisiez malencontreusement tout ce qui vous entoure ...
C'est le morceau le plus long de l'album et aussi celui où l'on distingue le plus nettement 2 parties, le phénoménal :"TOMORROW DISAPPEAR!" où Snake déploie sa rage avec une telle intensité que l'on ne retrouvera dans aucun autre album ... Sa voix se fait plus mature, plus réfléchie ... Mais pour plus accentuer sa violence ...
Killing Technology a la particularité de posséder les refrains et certains passages les plus accrocheurs de toute leur discographie ...
"Overreaction" reste sur la même cadence et Blacky nous sort une de ces lignes de basses en intro ... surveillée de près par Piggy qui enfonce le clou en y ajoutant ses rythmiques dissonantes et distordues d'une manière féroce et véloce ... Piggy n'était certes pas un très grand soliste mais il calait des rythmiques d'une telle ingéniosité que tout ça comblait sans problème ses solis douteux ...
"Tornado" pourrait paraître comme le morceau le plus "Thrash" de l'album du à Away et son percutage de fûts diabolique et son "TORNADO!" hurlé symboliquement par Snake en se décalant petit à petit de la rythmique initial ... C'est aussi sur cet album que Voïvod adopte des structures plus complexes voire propre au Prog' en général ... Et des albums de Cyber-Thrash-Prog en 1987, il y en avait pas des masses ...
"Too Scared To Scream" aligne la même citation dans un contexte inquiétant comme un hurlement de désespoir (You Gotta Tell Me Why?), comme bloqué dans une dimension lointaine et ayant un point de non-retour ... Un des titres les plus étranges avec ...
... "Forgotten In Space" ... Déstructuré au possible et torturé jusqu'au vice ... Ce titre est une ode à la bizarrerie spatial comme l'imaginaient si bien les membres de Voïvod à l'écriture de ce disque ... Alternant sonorités menaçantes, grosses sonorités Thrash, sonorités bizarroïdes alternée par une voix saturée de Snake épiloguée sur fond de riff uniforme ... Vous ne comprendrez absolument rien à la première écoute ... Bouleversant ... Un des morceaux les plus épiques avec la chansons titre ... Vraiment bouleversant ...
En y pensant plus profondément, Voïvod est le seul groupe de Thrash à avoir réussi à faire quelque chose d'aussi planant en étant aussi violent ... Leur fascination pour les Floyd devaient forcément être pour quelque chose ...
"Ravenous Medicine", ou la rythmique Thrash par Excellence ... Le titre le plus entraînant de l'album ... Décriant le monde médicinale et les expériences faites sur les animaux de laboratoire (le clip est d'ailleurs on ne peut plus explicite ... Même s'il a malheureusement plutôt tendance à faire rire :D), la structure se clôt par une rythmique supersonique où Piggy nous sort un solo digne des plus grands maîtres de sa catégorie ...
Order Of The Black Guards n'est pas très subtil mais a le mérite de démembré littéralement ce qui reste de notre pauvre corps meurtri ... Ce n'est pas le titre le plus original (en reprenant d'ailleurs un bout de passage remanié de "Horror" de l'album précédent) mais il possède un beuglement digne d'une fin du monde (Burn! Burn! Burn! Burn!) se répétant une ultime fois (Down! Down! Down! Down!) avant de sombrer dans un épilogue machiavélique avec le souffle inquiétant des guardes noirs en écho ...
Les 2 titres restants sont malheureusement les 2 seuls points faibles de cet album ... Même s'ils ne sont pas mauvais, ils n'ont rien à voir avec la qualité destructrice robotique des 7 premiers titres qui ornent cette galette ... "This Is Not An Exercise" propose une rythmique assez plate malgré un passage atmosphérique (mais pas vraiment serein) intéressant au milieu et "Cockroaches" nous replonge dans l'immaturité de Rrrröööaaarrr et ses rythmiques bruyantes dénuées d'intérêt ... Dommage ... Pas mauvais non plus celui-là, juste en retard sur son temps comparé à la complexité d'un Forgotten In Space ...
Un album complexe doté d'une atmosphère nébuleuse et ténébreuse ...
Conclusion: Un album de transition et unique dans la discographie de Voïvod qui ravira les fans de Thrash en général et les plus ardus fan du son du combo Canadien ...
Note: 17,5/20
Publié par Grodard Le Juste 0 commentaires
Catégorie Chroniques Discographiques